Périple castillan dans la Sierra de Guadarrama (avril 2018) – 4/4 – deux ascensions tendues

En me hissant sur les cimes de la Pedriza, j’en ai terminé avec mon détour par la Cuenca Alta de Manzanares ; il me faut à présent repiquer vers San Ildefonso.

Sur ma route, deux ascensions ; la première se résume à une longue remontée de la crête de la Pedriza puis de la Cuerda Larga jusqu’à la Cabeza de Hierro Mayor, d’où je descendrai vers la station de Puerto de Cotos, nichée au fond d’un col. M’attend alors une seconde ascension, destinée à franchir le massif de la Penalara, derrière lequel se terre la ville de San Ildefonso.

En bleu, le final du trek

Pour l’instant, je n’ai que faire de la seconde grimpe ; c’est la première, et les doutes afférents, qui accapare toute mon attention. L’immense cordon montagneux de la Cuerda Larga me fait face, couvert de neige et vide de toute présence humaine ; j’appréhende quelque peu le moment où il me faudra le traverser.

Dans l’immédiat, j’affronte un autre problème : le chemin de crête de la Pedriza, que j’espérais tranquille, est en fait un parcours du combattant consistant à sautiller de bloc en bloc par-delà des failles remplies de neiges ou de buissons. Après m’être difficilement extirpé de ce nouveau piège,  je m’aperçois que mes réserves d’eau ont fortement diminuées. Il me faut remonter le cours d’un infime ruisseau coulant dans les parages jusqu’à une source minuscule surgissant d’entre la roche et le sol. J’élargis le trou terreux par lequel surgit le filet d’eau, en augmente ainsi le débit et, avec un peu de patience, parvient à remplir deux gourdes que je purifie à coup de pastilles. Ces deux difficultés résolues, je reprends la route jusqu’au col de Matasanos.

Vers le col de Matasanos

La crête de la Pedriza, et en arrière-plan, celle de la Cuerda Larga

Le sentier plein d’embûches filant sur la crête

La Cuerda Larga est, comme je le craignais, tapissée de neige dans toute sa longueur

Au loin, le col de Matasanos

A l’approche du col, vue sur ma droite…

…et sur ma gauche, où se dresse mon objectif, le sommet arrondi de la Cabeza de Hierro Mayor

Au niveau du col, je repique plein nord vers le Navahondilla, sommet par lequel je m’introduirai sur le cordon montagneux de la Cuerda Larga. Sur ma route, quelques cimes intermédiaires dont la première est l’Alto de Matasanos. Le balisage m’emmène à droite du sommet, d’où j’y remonte par une pente neigeuse particulièrement raide ; m’attend ici le pire passage de tout le trek, d’autant plus que que je n’en avais pas pressenti la venue. Deux sections presque verticales m’obligent à grimper dans une poudreuse si instable que je crains de la voir glisser et m’emporter deux cents mètres en contrebas. C’est en serrant les fesses que je m’y engage, suivant les traces fraîches d’un autre randonneur sans lesquelles je n’aurais peut-être pas eu l’audace d’avancer.

Le franchissement délicat de l’Alto de Matasanos

L’Alto de Matasanos

Vue vers l’est depuis le flanc droit de l’Alto de Matasanos

Vue en arrière sur le premier raidillon enneigé…

…et le second

L’instant où je me sens sorti d’affaire

Devant moi, le prochain pic, le Pena Lindera

La fin de l’ascension est plus tranquille. Arrivé au sommet du Navahondilla, j’ai la bonne surprise de constater que l’arête de la Cuerda Larga est presque dénuée de neige. Il n’y a que la silhouette arrondie et blanchâtre de la Cabeza de Hierro Mayor, plantée au bout de la crête, qui semble devoir poser quelque difficulté. D’ici là m’attend une promenade de santé, compliquée toutefois par les démangeaisons grandissantes que me font subir des coups de soleil apparus la veille et gagnant chaque heure en intensité. N’ayant pas de crème, je ne peux contenir leur développement, d’autant plus que le reflet dans la neige des rayons ardents du soleil rend inutile ma seule protection théorique, la visière de ma casquette.

Sur la crête de la Cuerda Larga

Le Navahondilla

Vue depuis le Navahondilla sur la fin de l’ascension…

…la partie orientale de la Cuerda Larga…

…et la partie occidentale que je m’apprête à arpenter

L’arête est presque dénuée de neige

Il en va ainsi jusqu’à la Cabeza de Hierro Mayor

Vue en arrière sur la crête

A l’approche de la Cabeza de Hierro Mayor, j’ai le soulagement de découvrir les traces de pas de rando-skieurs. En m’y inscrivant, c’est assez tranquillement que je me hisse sur un sommet arrondi formant le point culminant de tout le trek, à presque 2400 mètres d’altitude.

Au sommet de la Cabeza de Hierro Mayor

Ledit sommet

Les traces de pas que je suis consciencieusement durant l’ascension

Le final en faux plat, sur une une soupe glissante ; au loin, le poteau géodésique marquant le sommet

Du poteau géodésique, vue vers le nord et la Penalara, sommet de la Sierra de Guadarrama…

vers l’est et la crête que j’ai parcouru…

…et vers le sud-est et le massif de la Pedriza, où j’ai bataillé toute la matinée

La descente de la Cabeza de Hierro Mayor sera autrement plus ardue que la montée, probablement parce que je l’effectue sur le versant nord de la montagne, peu ensoleillé et de ce fait couvert d’un épais manteau neigeux. Même en suivant les traces des rando-skieurs, je m’enfonce fréquemment jusqu’aux cuisses, si profondément qu’à deux reprises, il me faut creuser autour de ma jambe pour pouvoir la dégager de la poudreuse. Après 400 mètres d’une descente assez stressante, j’atteins l’orée de la forêt, espérant y trouver des conditions de marche plus favorables. Il n’en est rien, l’accumulation de neige étant parfois plus importante encore, notamment autour des troncs. Je perds toute trace de mes prédécesseurs, titube d’arbre en arbre et franchis à l’arrachée trois ou quatre ruisseaux avant d’enfin trouver le balisage dont je n’avais plus trace depuis des heures

La descente chaotique du Cabeza de Hierro Mayor

Le sommet secondaire de la Cabeza de Hierro Menor, vers lequel je me dirige d’abord

Le même sommet vu du col intermédiaire

Depuis ce col, je plonge dans la descente en suivant les traces de skieurs

Je vise une forêt en contrebas

Vue en arrière à mi-pente…

…et du bas de la descente

Je pénètre dans le sous-bois

Son terrain met du temps à devenir praticable

La cordon montagneux de la Cuerda Larga vue du cœur de la forêt

Je progresse de plus en plus aisément sur une piste forestière, jusqu’au refuge gardé de Pingarron, malheureusement fermé pour l’hiver.

Dans un col situé deux kilomètres plus loin est nichée une petite station alpine nommée Puerto de Cotos. De l’autre côté du col, cent mètres plus haut, je déniche au bord d’un chemin carrossable un petit abri indiqué sur opencyclemap, en fait un simple préau ; bien qu’il fasse un peu frisquet, j’y passe une très bonne nuit !

Au réveil, un troisième dilemme se pose à moi. Afin d’accéder à San Ildefonso, mon objectif final, dois-je suivre mon tracé prévisionnel, transitant par le Penalara, sommet de la Sierra de Guadarrama, plus hostile encore que les précédentes cimes que j’ai affronté, où descendre à la station de Puerto de Cotos et y suivre la route goudronnée ? Je choisis, option intermédiaire, de franchir le massif du Penalara par un sommet secondaire, l’Hermana Menor, et de plonger ensuite le plus droit possible vers San Ildefonso ; une marche de 15 kilomètres qui me laissera l’après-midi pour visiter Ségovie avant de rentrer à Madrid.

Comparée aux défis des deux jours précédents, l’ascension de l’Hermana Menor paraît facile. J’y laisserai tout de même des forces, les chemins balisés étant tout du long dissimulés par la neige et l’épaisse brume couvrant le sommet rendant impossible toute orientation rigoureuse. Comme lors de l’ascension finale de la veille, je souffre moins dans la montée que dans la descente, effectuée sur un versant nord couvert d’une épaisse poudreuse et achevée dans une forêt piégeuse où je mets du temps à retrouver le chemin balisé.

Sur les flancs de l’Hermana Menor

Le début assez raide de l’ascension

Un joli plateau dépassé à mi-pente

Au sommet de l’Hermana Menor, la brume se lève une première fois…

…puis une seconde ; j’aperçois alors San Ildefonso, à droite, et Ségovie, au fond

Aux abords de la forêt, je dépasse un refuge non gardé

Il a été bâti pile sous le sommet du Penalara

Je regrette de n’avoir pu y bivouaquer, tant il est bien conçu et entretenu

Passé le refuge, je traverse quelques ruisseaux…

…et m’enfonce dans la forêt

Au niveau du ruisseau de Chorranca, une piste part droit dans la pente et débouche sur une route asphaltée plongeant vers San Ildefonso. Je n’ai plus qu’à me laisser porter vers une ville abritant le palais royal de la Granja, édifié au XVIIIème siècle dans un style baroque. Épuisé par quatre jours de marche intense, je n’ai pas la force de le visiter, préférant me remplir la panse dans une auberge quelconque en attendant le bus pour Ségovie ; un renoncement tranchant avec la persévérance dont j’ai fait preuve jusqu’ici !

L’arrivée à San Ildefonso

Un pont franchi peu avant de retrouver le goudron

La ville de San Ildefonso ; à sa gauche, le palais royal

Vue d’ensemble du palais

Son entrée principale

Détail de l’aile droite

A San Ildefonso s’achève  ma lutte dans la Sierra de Guadarrama. Outre le plaisir intrinsèque que j’en ai tiré, elle a rempli, par son intensité, l’objectif premier qui lui était assignée : me préparer physiquement au trek du mois suivant, dépassant de loin les précédents par sa dimension, puisqu’il va m’amener à relier avec mon frère, en 45 jours et 1000 kilomètres de marche, tous les coins les plus évocateurs du Massif central.