De Macédoine en Albanie par la Galitchitsa (septembre 2020)

[dix-huitième des 25 treks formant le Tour des montagnes d’Europe]

Joyau de la Macédoine, la cité d’Ohrid est un concentré de trésors, entre son lac, le plus vieux d’Europe, son histoire prestigieuse, le moine Clément y ayant créé l’alphabet cyrillique, sa puissante forteresse, ses églises orthodoxes ancestrales et sa vieille-ville préservée. Mais ce que m’y attire avant tout, c’est le massif voisin de la Galitchitsa, un incroyable belvédère naturel de 2000 mètres inséré entre les lac d’Ohrid et de Prespa.

Initialement, j’avais tracé une boucle ambitieuse dans la Galitchitsa, avec départ et arrivée à Ohrid puis transit direct pour l’Albanie et Tirana. Comme d’habitude, hystérie sanitaire oblige, je dois revoir mes plans, tous les bus internationaux ayant été annulés. Qu’à cela ne tienne! Je n’ai qu’à transformer ma boucle en une traversée et profiter du fait que la Galitchitsa soit à cheval sur la Macédoine et l’Albanie pour franchir, une fois de plus, une frontière par la montagne. Passé côté albanais, je n’aurai plus qu’à rallier la ville voisine de Pogradec à l’arrachée, puis Tirana et le nord de l’Albanie en bus.

Ma traversée improvisée de la Galitchitsa (lien openrunner)

La ville d’Ohrid s’est développée autour d’une colline surmontée d’un château millénaire, la forteresse de Samuel.

La forteresse de Samuel

Dominant des falaises plongeant directement dans le lac d’Ohrid…

…une forteresse dont subsistent quelques contreforts…

…une entrée fortifiée…

…et une enceinte en très bon état, dominant le lac et un vaste bassin urbanisé

Au pied de la fortesse s’étend Ohrid, capitale touristique de la Macédoine.

La ville d’Ohrid

Le centre-ville d’Ohrid vu de la Galitchitsa…

…de la rive du lac…

…et de la forteresse de Samuel

La ville se concentre autour d’une baie…

…fermée par la colline de Samuel…

…mais aussi de l’autre côté de cette colline…

…le long d’une plage tranquille

Dans les ruelles de la vieille-ville, des demeures séculaires…

…dont la plus élégante est la maison des Robev

Une statue de Cyril et Méthode, apôtres des Slaves et mentors du moine Clément d’Ohrid

Outre la forteresse et la vieille-ville, le patrimoine architectural d’Ohrid tire sa richesse de monuments orthodoxes presque millénaires.

Edifices religieux d’Ohrid

Au bout d’une plage étroite…

…l’église Saint-Jean de Kaneo, l’une des plus renommées de Macédoine

Sur la colline, l’église de la Vierge Peribleptos, datant elle aussi du XIIIe siècle

La cathédrale Sainte-Sophie

A l’extérieur d’Ohrid, une des chapelles qui parsèment la Galitchitsa

Les tarifs d’Ohrid sont si modiques que je m’accorde une nuit à l’hôtel avant une journée de marche intense dans la Galitchitsa. Je m’échappe de la cité par la rive du lac, puis attaque une montagne aride de plus en plus dégarnie.

A l’assaut de la Galitchitsa

Quelques kilomètres sous la protection des arbres…

…puis dans des clairières brûlées…

…et j’aperçois bientôt, entre deux collines…

…l’immense étendue du lac d’Ohrid

Au niveau du village abandonné de Konjsko…

…je grimpe vers une haute vallée s’allongeant entre les deux crêtes centrales du massif

Après vingt kilomètres d’effort, je débouche enfin sur la ligne de crête desséchée qui domine de 1500 mètres les lacs d’Ohrid et Prespa. Un moment de grâce solitaire, bien que la progression s’y fasse heurtée, sur une rocaille calcaire émaillée de touffes d’herbe mourantes.

Sur l’arête de la Galitchitsa

L’approche de la crête

De son promontoire, je savoure le panorama a l’ouest sur le lac d’Ohrid…

…qui s’étire vers la ville homonyme…

…au sud sur la vallée centrale arpentée précédemment…

…et le reste de la Galitchitsa…

…et à l’est sur une arête secondaire…

…derrière laquelle j’aperçois les rives du lac Prespa

Vues postérieures sur la crête de la Galitchitsa, en arrière..

…et en avant…

…avec au second plan, son sommet, le pic Magaro, et au premier plan le mont Bajrače

…dont le sommet est jonché de ruines, dans la plus pure tradition balkanique

Au col qui sépare les monts Bajrače et Magaro, j’espère pouvoir passer la nuit dans un refuge indiqué par plusieurs blogueurs. Il est fermé, peut-être du fait de l’effondrement du tourisme, mais sa terrasse herbeuse offre un bon emplacement de camping.

Au réveil, sous un ciel toujours aussi bleu, je m’attaque au pic Magaro, point culminant de la Galitchitsa, du haut duquel je me régale de nouveau des panoramas sur les lacs environnants.

L’ascension du pic Magaro

Vue d’ensemble depuis le mont Bajrače

Ses contreforts

La ravine par laquelle j’accède au sommet

Du pic Magaro, vue sur la rive albanaise du lac d’Ohrid…

…le lac pris dans son ensemble…

…la Galitchitsa…

…et à sa droite…

…le lac Prespa

Si je veux pénétrer en Albanie, il me faut insister quelques kilomètres de plus sur la ligne de crête de la Galitchitsa. Les cartes n’indiquent aucun chemin et j’imaginais progresser vers le sud en suivant ma bonne étoile, sur un terrain continu et dénué d’obstacles; bien vite, je déniche un balisage qui me facilite la tâche, bien qu’il ne s’accompagne pas d’une sente véritable. Je le suis pendant cinq kilomètres, puis descend à l’instinct vers le premier village albanais.

Arrivée en Albanie

La partie albanaise de la Galitchitsa

Une transition en vallée…

…et je retrouve la ligne de crête…

…avec vue sur la station balnéaire de Pogradec…

…et la partie albanaise du lac d’Ohrid

En suivant parfois des sentiers de berger…

…ou en dévalant tout droit la pente…

…je finis ma course dans le village d’Alarup

A la sortie du village, j’avance vers Pogradec en m’essayant au stop. Une demi-heure plus tard, un premier véhicule me rattrape, en fait un petit autobus qui amène en ville quelques paysans du coin. Le conducteur l’arrête à mon niveau et me dévisage, méfiant.

Je suis couvert de poussière, puant de sueur, pas lavé depuis deux jours, avec un gros sac à dos, un t-shirt troué, une peau tannée par le soleil et une barbe touffue, dans un coin où les gens sont rasés de près et où aucun randonneur ne met les pieds. Il en vient donc à me soupçonner… d’être un migrant syrien, et déclare vouloir me livrer à la police! Un acte justifié pour une déduction pertinente, puisque je viens d’entrer clandestinement dans son pays. Je l’en dissuade toutefois en lui montrant ma carte d’identité française. A moitié rassuré, il me conduit à Pogradec, première escale sur ma route vers le nord du pays et les Monts maudits.