Boucle de Zagori (mai 2017) – 5/5 – du refuge d’Astraka à Kapesovo

La cinquième et dernière journée du trek au Zagori est en même temps la plus copieuse et la plus fascinante. Si son apogée restera plongée dans la gorge de Megas Lakkos, nous vivrons deux autres moments forts, au belvédère de Beloï et dans la skala de Vradeto.

En rouge, le tracé de notre cinquième jour de marche

Dès le lever du soleil, nous quittons le refuge, dévalons le versant oriental de sa crête, obliquons vers le sud-est et grimpons, sur une pente s’adoucissant lentement, vers une large vallée coincée entre les massifs d’Astraka et Tymfi. Nous avançons alors à plat jusqu’à un bassin artificiel, au cœur d’un désert pierreux qui exalte notre trio.

Dans les hauteurs du massif de Pinde

Vue matinale sur les terres traversées les deux jours précédents

Le chaos rocheux que nous devons gravir

On s’y dirige un peu au hasard

Vue en arrière sur la vallée herbeuse que nous avons traversé dans une solitude totale

Loin derrière nous, le refuge d’Astraka

A notre droite, le massif d’Astraka

A notre gauche, celui de Tymfi

Une bosse finale avant d’arriver au bassin artificiel

Ivonig et Sacha traversant ledit bassin artificiel

Passé le plan d’eau, un panorama à couper le souffle se dévoile sous nos yeux ; je n’en avais pas contemplé de plus insolite auparavant. Le plateau sur lequel nous évoluons, jusqu’ici aplati, s’effondre en son centre; s’y forme le lit du ruisseau de la Verania, qui progressivement s’élargit et se creuse, jusqu’à devenir le gigantesque canyon que nous apercevons à l’horizon : la gorge de Megas Lakkos. Après avoir viré vers l’ouest, elle atteint des proportions comparables à celle de Vikos, qu’elle rejoint au carrefour de Klima. Les deux heures qui suivent, nous allons nous engouffrer dans la gorge et pouvoir contempler sa lente constitution dans l’isolement le plus complet.

Durant toute la phase de développement de la gorge, nous évoluons sur son flanc droit.

Sur le flanc droit d’une gorge en formation

Panorama sur le phénomène ; à gauche, le lit de la Verania ; au fond, on devine les immenses parois de la gorge

Nous progressons sur le flanc droit de la gorge naissante

Au-delà du flanc gauche, le massif de Tymfi

Resté en arrière, je tente vainement d’immortaliser le panorama avec mon misérable appareil photo

Les berges du ruisseau gagnent en amplitude…

…et forment bientôt de petites gorges

Un écart à droite nous emmène dans un replat étrange de la gorge

Sur notre gauche, la paroi dépasse déjà les cent mètres de hauteur

Le final sur le flanc droit, peu avant que la gorge atteigne une dimension gigantesque

A l’entrée de la gorge proprement dite de Megas Lakkos, nous plongeons vers le le lit du ruisseau, le traversons et entamons une longue section en balcon sur le flanc gauche de la gorge ; un bon kilomètre plus loin, nous nous retrouvons ainsi à mi-hauteur de la falaise, la paroi parfois abrupte s’étendant sur au moins cent mètres au-dessus et en-dessous de nous.

Sur le flanc gauche de la gorge de Megas Lakkos

Les premiers arpents sur le flanc gauche

La gorge gagne en profondeur tout en virant vers la droite

Vue rétrospective sur la gorge en formation

Notre sentier croise à ce niveau une petite source

Sur la paroi opposée, un troupeau de vaches qu’un berger fait avancer sur un replat de la falaise

En arrière-plan, la fin du virage vers l’ouest de la gorge ; au-delà, elle file droit vers celle de Vikos

Si nous voulons rallier le belvédère de Beloï, il nous faut nous extirper du canyon peu avant qu’il atteigne sa profondeur maximale. Auparavant, il nous faut franchir deux passages vertigineux, durant lesquels nous devons traverser en son milieu la falaise verticale par un sentier calé dans un replat d’à peine un mètre de large. J’avais déjà emprunté quelques passages aussi escarpés dans les Calanques (voir ici). Pour mes deux camarades, c’est une première. Sujet aux vertiges, mon frère appréhende l’épreuve depuis le réveil ; il la surmonte finalement sans difficulté.

Le final vertigineux de la traversée de la gorge de Megas Lakkos

Vue d’ensemble du premier passage problématique, que nous empruntons avec précaution

Le même passage vu de plus près

Je pose pour mon frère au milieu du passage

Mes deux amis dans le second passage, moins impressionnant mais au final plus périlleux

Au loin, les parois de la gorge deviennent totalement verticale ; elle s’étirent alors allègrement sur 800 mètres

Dernier panorama de la gorge traversée

Nous resurgissons de la gorge par un sentier s’infiltrant dans une dépression passagère de la paroi. Soulagés à l’idée de ne pas l’avoir raté, nous nous déconcentrons complètement durant la transition vers le belvédère de Beloï, qui offre un panorama célèbre sur la gorge de Vikos. A un croisement anodin douteusement balisé, nous partons plein sud dans une mer d’épineux en pente douce et nous égarons complètement. Aux abords de Tsepelovo, il devient évident que nous ne suivons pas la bonne trace. Nous bifurquons plein ouest, rejoignons hors-sentier une route goudronnée et la remontons un bon kilomètre sous un soleil ardent afin de retrouver notre chemin, ou ce qui semble l’être. Nous conservons quelques doutes jusqu’à ce qu’apparaisse à l’horizon la faille trahissant la gorge de Vikos.

La transition loupée entre la gorge et le belvédère

Le sentier par lequel nous nous extirpons de la gorge de Megas Lakkos

Il nous fait traverser un champ de bosses herbeux…

…puis rocailleux

Notre descente malvenue vers Tsepelovo

La faille de Vikos apparaît devant nous

Une belle section pavée nous dépose au belvédère de Beloï, ou plutôt aux deux belvédères du Beloï. C’est de ce site que les panoramas sur la gorge de Vikos sont les plus étendus. L’endroit est idéal pour déjeuner, après des heures de marches quasiment à jeun.

Le belvédère de Beloï

Le chemin dallé nous menant au belvédère

Quelques photos de la gorge de Vikos

Le passage à Beloï aurait suffi à conclure de belle manière notre trek ; il nous reste cependant un dernier site à découvrir, la skala de Vradeto. Elle est située au-delà du village du même nom, où nous faisons halte le temps d’ingérer une glace.

Autour de Vradeto

La voie pavée nous éloignant de Beloï

Une rue de Vradeto

Le superbe monopati nous menant à la skala de Vradeto

La skala de Vradeto est un splendide escalier en pierre qui dévale en zig-zag les falaises de Mezaria, reliant ainsi les hauteurs de Vradeto aux ponts Vradetino et Dothe, situés au creux de la vallée. La skala compte plus de mille marches et une quarantaine de virages qui se contorsionnent dans les escarpements de la falaises, s’y adaptant parfois naturellement, nécessitant d’autres fois le renfort de grands murs de soutènement. L’impressionnant ouvrage ridiculise ceux du même genre auxquels nous avons eu affaire dans les Cyclades.

La skala de Vradeto

  Les premières marches de la skala

Quelques vues plongeantes sur les magnifiques virages de la skala

Vue rétrospective sur une section d’escalier

Un des murs de soutènement

Je prends tellement de photo de la skala que mes deux camarades poireautent depuis dix minutes sur le pont Vradetino lorsque je les rattrape. Il nous reste à remonter, sur une piste moins pittoresque, de l’autre côté de la vallée de Mezaria où se trouve le village de Kapesovo, celui dont nous sommes partis cinq jours auparavant. Le final quelconque sur la route goudronnée a le mérite de nous offrir quelques vues d’ensemble de la skala.

La section finale du trek

Le pont Vradetino

Vue sur la section inférieure de la skala de Vradeto

Vue sur sa section supérieure

L’arrivée à Kapesovo

De retour à notre point de départ, nous n’avons pas vraiment le temps de disserter sur les cinq journées de marches exceptionnelles que nous venons de vivre. Nous devons en effet joindre avant la nuit la ville de Kalambaka, bordant le site des Météores, afin de dénicher un site correct où planter nos deux tentes, jusqu’ici restées dans le coffre de la voiture. Sur la route, nous tombons d’accord pour passer une nuit plus confortable et réservons trois lits dans une auberge de jeunesse du centre-ville, si peu remplie que le dortoir où nous dormons nous servira de chambre privative.

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