Voyage en Suisse romande (septembre 2017) – 7/9 – de Gstaad à l’Hongrin

Les 40 kilomètres qui m’emmènent de Gstaad aux rives de l’Hongrin seront les plus éprouvants du trek. J’y enchaîne diverses galères, toutes pareillement contrariantes.

En violet, la séquence en question

C’est d’abord les conditions climatiques qui freinent ma progression. Conformément aux prédictions du skipper suisse que j’ai croisé au pied du Giferspitz, les pluies intermittentes de la veille ont gagné en constance durant la nuit. Réveillé à l’aube, j’attends en vain qu’elles cessent, croit pouvoir profiter d’une accalmie pour m’élancer et subit dans la foulée un véritable déluge.

Le sentier ou je progresse bon gré mal gré

Une heure et demie plus tard, trempé jusqu’aux os, je me réfugie dans une grange. Les deux employés brésiliens qui y travaillent me permettent de me réchauffer dans la pièce de vie attenante ; ils sont en train d’y préparer du fromage. J’observe en témoin privilégié toutes les étapes d’une opération bien plus physique que je ne l’aurais imaginé.

Dans la grange de Wilde Bode

L’énorme marmite où est cuit le lait

Un des Brésiliens en extraira sportivement le fromage au moment exact où la température atteint 55 degrés

Tiré de la marmite à l’aide d’un grand drap, le fromage est compressé avec ce système

Le voilà prêt à la fermentation

La pluie refuse de se calmer ; après une heure d’attente, je m’en vais l’affronter de nouveau. Au vu des conditions, je juge audacieux mon plan initial, consistant à joindre Château d’Oex en me faufilant par le col de la Videman entre le Rocher Plat et le Gummfluh. Je préfère contourner ce second sommet par une trajectoire plus longue et moins excitante transitant par l’Etivaz. A posteriori, je regrette un tel choix, les chemins menant à ce village étant tantôt boueux, tantôt inondés, tantôt glissants et jonchés de bouses de vaches.

La vallée de l’Etivaz

Si le temps devient plus clément à l’approche de l’Etivaz, d’autres contrariétés s’y substituent. Le sentier qui rallie Château d’Oex par la vallée longe en effet une route trop fréquentée à mon goût. Quitte à rallonger le parcours, je repique dans les hauteurs, vers le Rocher du Midi. Le raidillon que j’emprunte s’enfonce dans des terres marécageuses que je suis censé traverser sur des planches de bois si glissantes qu’elles en deviennent impraticables ; je leur préfère les flaques de boues sur le bas côté. Le calvaire ne cesse que 300 mètres plus haut, au moment où les sous-bois laissent place aux pâturages et les sentes boueuses à un asphalte tout aussi peu agréable. Je me console en profitant du panorama sur les vallées entourant le Rocher du Midi.

Au pied du Rocher du Midi

Le Rocher du Midi

A sa gauche, une vallée s’enfonçant jusqu’à Rougemont

Plus à gauche encore, la crête du Vanil Noir dominant Château d’Oex

Je croise plusieurs granges…

…de nombreuses salamandres, dont certaines noires…

…et des chanterelles de la taille de mon pied

Pour conclure cette journée mitigée, je loupe le sentier descendant à Château d’Oex. Plutôt que de revenir en arrière, j’enjambe plusieurs barrières et file tout droit à travers les pâturages.

Les pâturages de Château d’Oex que je traverse n’importe comment

Une nuit arrosée m’attend dans le camping bordant le bourg.

Le camping de Château d’Oex

Au réveil, le soleil est de retour. Je progresse en fonds de vallée jusqu’au lac du Vernex. Y démarre une grimpe vers le col des Gaules, d’autant plus rude que la pluie torrentielle de la veille a transformé la piste en coulée de boue. Une nouvelle erreur d’orientation, un détour par la ferme en ruine du Folly et j’atteins sur les pentes du Planachaux un sentier en balcon qui me dépose au pied de la Dent de Corjon.

Vers la Dent de Corjon

Le temple de Château d’Oex

La vallée de la Sarine

Un chalet à l’architecture originale

Le lac du Vernex

La Rossinière vue des pentes du Planachaux

La vallée de la Sarine

Les parois verticales de la Dent de Corjon

Une nouvelle épreuve m’attend au niveau du Crau dessus, une ferme placée en contrebas d’un cirque herbeux délimité par une crête reliant le Planachaux à la Dent de Corjon. Dans un effondrement au centre de la crête, mon objectif, le col des Gaules, vers lequel s’élève le sentier balisé. Des dizaines de moutons pâturent dans le cirque, certains aux abords du chemin ; trois patous les protègent, dont des panneaux indiquent la dangerosité. L’un d’entre eux me repère au loin et me fonce dessus en aboyant de toutes ses tripes, les yeux injectés de sang. Il est si agressif qu’il aurait probablement tenté quelque chose si je ne le menaçais pas de mes bâtons. Il m’est en tout cas impossible de grimper le cirque par la sente officielle. Je progresse au hasard sur sa droite, en tenant à distance le chien qui me suit à la trace.

Le patou déchaîné

Cent mètres plus haut, le patou cesse de m’oppresser. Je repique vers une trace qui me semble à tort être le sentier ; ce n’est qu’un lit de ruisseau au revêtement meuble, que je remonte sur une pente de plus en plus verticale m’obligeant à jouer des mains et m’agripper à des buissons pour sécuriser ma progression. J’atteins la crête à bout de souffle, franchis une barrière de barbelés et descend l’autre versant au hasard jusqu’à retrouver le sentier.

Une dernière galère m’attend dans la descente, au niveau de la ferme de la Savoleyre. Si le patou qui vient à ma rencontre est plus amical que le précédent, les pâturages qu’il surveille sont particulièrement pentus. Les genoux fatigués par les 4500 mètres de dénivelé négatif accumulés en trois jours, je peine à dévaler la pente et manque plusieurs fois de chuter.

Une descente éreintante

L’instant où je retrouve le sentier

Vue depuis le col des Gaules sur la Pointe d’Aveneyre…

le col de Chaude au centre et les rochers de Naye à droite

Le pâturage pentu qui me casse les genoux

Le sous-bois où la pente s’adoucit

Au bas du vallon, je croise le berger de la Savoleyre et lui raconte mes démêlés avec le patou du Crau dessus. Il m’explique que son agressivité est due à la menace permanente que font peser sur son troupeau les loups qui rôdent alentour. Et moi qui n’avais même pas conscience de leur présence dans ces montagnes !

Dans la foulée, je déboule sur les rives de l’Hongrin. Ici s’achèvent mes déconvenues ; la fin du trek sera une partie de plaisir.

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