Mille bornes dans le Massif central (printemps 2018) – 1/31 – le Velay

Le Puy-en Velay n’est pas seulement la ville de départ de notre trek, mais également d’une des randonnées itinérantes les plus populaires du pays, le chemin de Stevenson, et surtout de la plus fameuse variante des chemins de Compostelle, la Via Podiensis. On peut sans exagération la considérer comme la Mecque de la randonnée hexagonale. Aussi ne sommes nous pas étonnés d’être entourés, dans le TER qui nous dépose au Puy, de nombreux autres randonneurs, brûlant comme nous de partir à l’assaut des sentiers.

Les locaux que nous croisons sont bien étonnés d’apprendre que nous ne visons aucun des deux objectifs habituels de nos confrères. Même si nous comptons emprunter au cours du séjour le plus fameux tronçon du chemin de Stevenson (autour du mont Lozère) comme de celui de Compostelle (dans l’Aubrac), notre objectif est tout autre : explorer, par un tracé de notre cru, la majorité des contrées ayant forgé le mythe du Massif central. Et cela commence par le Velay, auquel nous allons consacrer deux jours avant de repiquer vers les monts d’Ardèche.

En rouge, nos deux jours de marche dans le Velay (lien openrunner du jour 1 et du jour 2)

Au préalable, nous visitons consciencieusement la vieille-ville du Puy-en-Velay, ses bâtisses alliant tuile rouge et pierre sombre, ses tourelles médiévales et ses multiples édifices religieux axés autour de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Annonciation, chef-d’œuvre roman comptant parmi les monuments préférés des Français.

Le centre historique du Puy-en-Velay

La place Cadelade, près de la gare ; à l’arrière-plan, le clocher de la Cathédrale et le rocher Corneille

Quelques rues au pavage et aux façades en roche basaltique

L’église Saint-Georges et sa toiture en tuiles vernissées, technique bourguignonne dont on verra d’autres exemples sur notre route

La façade de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Annonciation

A l’arrière de la cathédrale, le porche du For, dominé par le clocher

Histoire d’admirer la ville dans son ensemble, nous grimpons le rocher Corneille, piton basaltique dominant la cathédrale de plus de 100 mètres. A son sommet a été construit la statue de Notre-Dame-de-France, un assez déroutant monument en fonte de fer du XIXème siècle. Sa structure est creuse ; on peut y pénétrer, grimper en plusieurs étapes jusqu’à la couronne et, à chaque niveau, contempler la ville et ses abords par de petites fentes percées dans la paroi.

Sur le rocher Corneille

Durant l’ascension, vue sur la cathédrale Notre-Dame-de-l’Annonciation…

…et le tas de béton de la ville moderne

La statue Notre-Dame-de-France

Depuis la statue, vue sur la vieille-ville, la cathédrale…

…l’église Saint-Georges…

…et l’église Saint-Michel d’Aiguilhe, magistralement perchée sur un piton rocheux

La visite achevée, nous filons plein sud vers la Loire, par des chemins qu’un hiver humide n’en finissant plus a rendu particulièrement boueux.

Sur notre chemin, la chapelle d’Ours

Cinq kilomètres champêtres et nous atteignons les rives de la Loire, que nous suivons cinq kilomètres de plus avant de nous écarter de notre itinéraire, Ivonig ayant repéré sur les cartes une zone propice au bivouac près du cimetière de Solignac-sur-Loire. Son intuition est bonne : nous tombons sur un coin d’herbe discret avec vue sur la Loire et y dressons notre tente en vitesse, pressés par une averses préfigurent toutes celles à venir.

Un premier bivouac humide près de Solignac

Au sortir d’une nuit pluvieuse, nous trouvons quelque réconfort dans le café de Solignac.

Une maison de Solignac

A défaut d’être charmante, son église en pierre basaltique est typique, avec ses arches romanes, ses statues en fer de fonte, ses tuiles rouges ou vernissées.

Cinq kilomètres plus loin nous attend le premier site exaltant du séjour : la cascade de la Beaume, ruisseau frayant sa voie dans une petite gorge volcanique.

La cascade de la Beaume

Les parois basaltiques entre lesquelles nous nous engouffrons…

…par un sentier verdoyant

La cascade vue de loin…

…de près…

…et de côté…

…depuis une paroi abrupte par laquelle nous remontons…

…au rebord d’où elle chute

En amont de la cascade se trouve une aire de pique-nique où Ivonig utilise pour la première fois notre réchaud à bois, pendant que je fais sécher la tente. S’il parvient, malgré l’humidité des branchages récoltées, à cuisiner la première soupe au riz d’une longue série, nous convenons qu’il faudra éviter à l’avenir de manger chaud le midi, la préparation très longue s’accordant mieux avec le bivouac du soir.

Le parcours qui nous mène de la cascade au village de Goudet peine à nous séduire ; au niveau du hameau des Rozières, nous décidons, malgré le manque d’indications cartographiques, de repiquer vers la Loire et d’en longer les rives. Si l’alternative s’avérera payante, elle nous obligera, une fois arrivés dans la vallée, à nous enfoncer dans l’eau jusqu’à mi-cuisse pour franchir le lit anormalement gonflé d’un affluent de la Loire, le ruisseau de Ceyssoux.

Vers la Loire

Présentant la combinaison habituelle tuile rouge + pierre volcanique, le hameau de la Champ…

…celui des Salles…

…et celui des Rozières…

…où nous faisons halte avant de plonger vers la Loire

Le superbe sentier pavé nous menant à la rivière

Superbe mais très piégeux !

La vallée de la Loire

A l’approche du ruisseau de Ceyssoux

Un franchissement très revigorant, la température de l’eau dépassant à peine les 10 degrés

Le ruisseau franchi, nous pataugeons quelques temps dans une vague sente gorgée d’eau nous rendant sceptique quant à la pertinence de notre bifurcation ; bien à tort ! Le sentier s’extrait bien vite des marais, prend de l’altitude et file alors à travers une vallée escarpée et verdoyante égayée de genêts ; ainsi découvrons nous, à l’improviste, un segment particulièrement préservé des gorges de la Loire sauvage. Cinq kilomètres de plaisir avec, en point d’orgue, un panorama soudain, au détour d’un virage, sur le village de Goudet.

La Loire sauvage

Le sentier s’élève sur les rives de la Loire

Un premier belvédère

La descente qui commence alors est parfois grossièrement pavée

Autour de nous, des parois basaltiques parfois abruptes

Le plus beau segment…

…presque en bord de Loire

Un second belvédère avec vue sur Goudet ; à droite, sur la butte, le château de Beaufort

Village archétypique du Velay, niché au creux d’une vallée tortueuse, Goudet vaut à lui seul le coup d’œil ; son château perché n’est qu’un argument de plus en sa faveur.

Goudet

Vue d’ensemble du village et du château

Le village vue des rives défoncées de la Loire

Le clocher de l’église Saint-Pierre, avec sa toiture en tuiles vernissées

Les ruines du château de Beaufort

Goudet vu du château

Le château vu de la suite du parcours

A Goudet passent deux tracés très fréquentés que nous allons emprunter à notre tour : le GR3 et le chemin de Stevenson. L’érosion due au passage des marcheurs, la neige abondante et les pluies torrentielles détériorent sans cesse des pistes pentues qui, déblayées chaque printemps par des bulldozers, ont perdu tout charme. Une heure maussade de marche sur ces chemins carrossables boueux de cinq bons mètres de larges et nous retrouvons enfin un sentier agréable, au moment où nous approchons l’objectif de notre pérégrination dans le Velay : le village d’Arlempdes, tassé autour d’un superbe château médiéval, sur une butte stratégique qu’encerclent de toute part des falaises formant ici ou là d’improbables orgues basaltiques.

En contrebas du château, coincée entre sa butte, la Loire et les parois qui la bordent, une pelouse nous tend les bras ; malgré une interdiction toute formelle, nous dressons notre bivouac dans ce coin splendide et somme toute bien discret.

Arlempdes

La boucle de la Loire au-delà de laquelle apparaît Arlempdes

Le village et son château

La poterne ; à sa gauche, une croix historiée du XVème siècle

A gauche de ladite croix, l’église Saint-Pierre

L’enceinte du château

Au nord du château, une pelouse accueillante…

…dominée par de magistraux orgues basaltiques

Nous plantons notre tente au bord de la Loire…

…sous la protection des châtelains !

Notre escapade dans le Velay touche à sa fin ; c’est aux monts d’Ardèche qu’il va maintenant falloir s’attaquer.