Mille bornes dans le Massif central (printemps 2018) – 2/31 – les monts d’Ardèche

Si nous voulons bifurquer vers l’est et nous approcher des plus hauts sommets de l’Ardèche, il nous faut au préalable retourner à Goudet.

En rouge, nos deux jours de marche dans les monts ardéchois (le jour 3 et le jour 4 dans openrunner)

Nous comptions y ramener notre carcasse par la rive droite de la Loire, après en avoir franchi le lit au gué d’Arlempdes. La hauteur et la puissance inhabituelle du cours d’eau, effet d’un hiver et d’un printemps exceptionnellement pluvieux, rendent l’opération physiquement impossible. Bon gré mal gré, nous revenons à Goudet par les carrossables et prenons alors à rebours, en direction du Monastier-sur-Gazeille, le chemin de Stevenson que des dizaines de randonneurs arpentent dans l’autre sens. C’est parti pour 10 kilomètres exécrables sur des routes carrossables défoncées au bulldozer, aussi hideuses que celles empruntées la veille au soir ; un segment qui sera sans conteste le plus laid des 400 kilomètres de notre partie ardéchoise, d’autant plus que le Monastier n’a pas autant d’allure que les villages visités la veille. Si le chemin de Stevenson est toujours de cette facture, je ne m’explique pas comment il peut susciter un tel engouement !

Sur le chemin de Stevenson

Un lézard surgit de la poubelle au moment où nous faisons nos sacs

Les premiers monts qui se dressent devant nous

Le franchissement hasardeux du ruisseau des Fouragettes, aussi inhabituellement gorgé que les précédents

Un segment représentatif de l’horrible chemin de Stevenson

A Monastier-sur-Gazeille, le château…

…et l’église Saint-Jean

A Monastier-sur-Gazeille, nous quittons le chemin de Stevenson pour un sentier bien plus agréable, qui nous élève paisiblement vers les monts d’Ardèche. Quinze kilomètres d’une montée douce et presque ininterrompue de 700 mètres de dénivelé et nous tutoyons bientôt les 1500 mètres d’altitude.

L’entrée en Ardèche

Le viaduc de la Recoumène, aussi impressionnant qu’inutile, puisqu’il n’aura jamais été emprunté par les trains de l’entre-deux-guerres

Le lieu-dit des Inclavades, où résistent encore les neiges tombées début mai

Le village de Freycenet-la-Cuche

Une demeure du village, bien différente de celles du Velay

La maison forte du village

Quelques kilomètres avant l’aire de repos des Estables, où nous comptions planter notre tente, je repère sur le côté du chemin un cairn qui indique une vague sente serpentant entre les buissons vers le monticule voisin du Rocher Tourte. Nous convenons d’y faire un détour ; une grimpe abrupte de 100 mètres et nous domptons notre premier sommet du séjour. Nous sommes posés depuis de longues minutes sur son dôme aplati, et nous apprêtons à repartir, quand je prends conscience qu’il offre des conditions de bivouac idéales et convainc mon frère de nous y installer. Après nous être délectés quelques minutes de plus de notre premier panorama sur les monts ardéchois, au centre desquels se dresse le mont Mézenc, notre prochain objectif, nous montons sur place un campement plus attachant encore que celui de la veille, avec une répartition des tâches qui se répétera presque chaque soir : je dresse la tente, y dispose les couches et tend le linge, pendant que le frérot cuisine une soupe de riz.

Le bivouac du Rocher Tourte

L’ascension du Rocher

Vue panoramique du sommet…

…et vue plus détaillée, sur le mont d’Alambre et le mont Mézenc…

…et, surgissant d’une ligne de crête, la bosse du mont Gerbier-de-Jonc, que nous grimperons le lendemain après-midi

Ivonig prépare le repas…

…face à la tente dressée…

…pendant que le linge sèche

Une mer de nuages salue notre réveil.

La journée est longue ; nous décollons sans attendre, direction les Estables, modeste station de ski depuis laquelle nous attaquons les pentes du mont Mézenc. Nous croisons nombre de randonneurs durant l’ascension ; le combo samedi + beau temps + sommet célèbre aura eu raison de notre solitude des premiers jours.

La vallée des Estables

La descente du Rocher Tourte

Coup d’oeil rétrospectif sur le Rocher Tourte, à mi-pente…

…de la vallée…

…des pentes du Rechausseyre

…et de celles du mont Mézenc

Le mont Mézenc est en fait l’alliage de deux sommets distants d’un demi-kilomètre. Nous passons au sommet Nord, où a été érigé la croix du Mézenc, puis repiquons vers le sommet Sud, légèrement plus élevé, et d’où l’on jouit des perspectives les plus impressionnantes sur le massif.

Le mont Mézenc

Le sommet Nord, avec sa croix

Depuis le sommet Nord, panorama d’ouest en est…

…vue nord sur le plateau ardéchois, jusqu’à Yssingeaux et au-delà…

…et vue est sur les monts plus escarpés du Vivarais

La transition vers le sommet Sud

Le sommet Sud

Vue du sommet Sud sur le sommet Nord…

…le mont d’Alambre…

…le Rocher Tourte…

…et la ligne de crête s’étirant au sud vers le mont Gerbier-de-Jonc

Rassasiés de panoramas, nous filons vers le mont Gerbier-de-Jonc. Nous comptions déjeuner au col ; il y a foule, toutes les tables sont occupés, aussi prolongeons nous l’effort jusqu’à un belvédère naturel surplombant le cirque des Boutières, où personne n’a penser à s’installer. On ne pouvait pourtant faire halte dans un plus bel endroit !

La halte au cirque des Boutières

Ivonig dans la descente du sommet Sud

Le cirque où nous nous arrêtons, avec…

…au nord, le mont Mézenc…

…et au sud, les parois abruptes des Roches des Cuzets, par lesquelles nous repartirons

Panorama complet du cirque

La crête reliant le cirque des Boutières au Gerbier de Jonc est trop marquée à notre goût par les aménagements humains. Malgré tout, nous prenons plaisir à longer dans la durée la plus importante frontière géographique du pays, à savoir la ligne de partage des eaux entre la Méditerranée et l’Atlantique.

Nous avons avalé dix bons kilomètres depuis le mont Mézenc quand nous butons au pied des pentes minérales du Gerbier de Jonc. Il est plus assailli encore par les touristes, ce qui est d’autant plus gênant qu’arrivés du nord, nous refusons de nous conformer au sens usuel de la visite, grimpons par le sentier d’où les visiteurs descendent et vice versa. Cela ne nous empêche pas d’admirer pleinement cette étrange protubérance volcanique en forme d’ogive, où le fleuve structurant la France prend sa source, bien qu’il y ait débat à ce sujet : une autre source de la Loire que nous croiserons plus loin est présentée comme tout aussi authentique, en ce qu’elle démarre d’une moins grande hauteur, mais d’une plus grande distance par rapport à l’océan.

Le mont Gerbier-de-Jonc

Le mont vu de l’ouest…

et du sud

Le début de l’ascension

De son sommet…

…une vue imprenable sur le mont Mézenc

L’autre source de la Loire

Au-delà du Gerbier de Jonc, nous poursuivons notre route vers le sud et le village de Sagnes-et-Goudoulet, par des sentiers de plus en plus charmants, tout comme le bourg lui-même, axé autour d’une église dont le clocher carré nous transporte dans la campagne anglaise.

Vers Sagnes-et-Goudoulet

Le chemin, de moins en moins carrossable…

…se transforme finalement en un superbe sentier

Une campagne paisible

Le clocher du village

Le village et son pont…

…qui permet de franchir la Padelle

L’église Saint Robert et Sainte Marguerite, à l’allure anglaise

La ferme-auberge des Grandes Sagnes

A la sortie du village, nous faisons face à la première des vallées profondes marquant la dislocation soudaine du plateau ardéchois. C’est dans cette entaille que nous plongerons le lendemain, pour n’en ressortir qu’aux abords d’Aubenas.

Pour l’heure, nous dressons notre tente au bord de la falaise.

Fatigués par deux marches consécutives de 30 kilomètres, nous mettons du temps à nous installer. Mal nous en prend : la pluie, qui nous laissait tranquille depuis trois jours, vient brutalement interrompre notre repas, et pour l’occasion, un violent orage l’accompagne. Ces deux encombrants camarades ne cesseront plus de nous importuner au cours des prochaines semaines.