Mille bornes dans le Massif central (printemps 2018) – 11/31 – le Chassezac et ses gorges

Au sortir des gorges de l’Ardèche, nous fonçons plein ouest vers les Vans, porte du parc des Cévennes, en gravitant autour de la rivière du Chassezac.

En rouge, notre marche vers les Vans (correspondant sur openrunner au jour 16 et au début du jour 17)

Correctes la veille au soir, les prévisions météorologiques se sont fortement dégradées à notre réveil. Excédé par la constance du mauvais temps, je balance mon portable de dépit. D’une voix réconfortante, mon frère m’assure que notre chance va tourner, que le temps est sur le point de s’améliorer, et sur le ton de la plaisanterie, me présente une noisette ramassée la veille comme un porte bonheur qui nous protégera des intempéries.

Il faut croire que la magie opère, puisque ce moment marque un tournant dans nos vicissitudes climatiques. Les quinze jours qui suivent, nous ne subirons plus d’averse violente, et rarement la pluie, si ce n’est lors des transitions sans intérêt par le causse de Sauveterre et le pays de Saint-Flour ; le reste du temps, nous passerons parfois miraculeusement entre les gouttes, étant soit au soleil, soit à l’abri, soit dans la vallée adjacente de celle où l’orage pète. En conséquence, nos chaussures ne prendront plus jamais l’eau, après dix jours durant lesquelles elles s’étaient transformées en piscine. Plus largement, si l’on excepte une vilaine brume au Signal de Mailhebiau, le temps ne gâchera plus les moments phares du trek, et c’est par un soleil éclatant que nous traverserons les volcans d’Auvergne.

Sans se douter de l’amélioration imminente de la météo, nous nous approchons sous un ciel tristement gris de la montagne de la Serre, une crête boisée dont j’ai prévu de longer l’arête jusqu’au col de la Cize. Le brouillard épais qui nous recouvre au fil de la montée semble devoir gâcher le potentiel prometteur de ce belvédère naturel, et je maugrée plus que jamais sur notre mauvais sort en constatant là-haut que la vue sur les contrées alentour est complètement bouchée.

Durant la pause que nous faisons pour digérer notre frustration, les nuages se dissipent soudainement, en un instant jouissif qui symbolise la fin de notre infortune. Les plaines traversées la veille s’étendent sous nos yeux, offrant un tableau sympathique que notre euphorie du moment rend inoubliable.

Le belvédère de la montagne de Serre

Nous contournons au préalable le travers de Font Garnide

A mes pieds, un ver de terre de 50 bons centimètres

Le brouillard de la montée…

devient sur l’arête complètement opaque

Le moment où les nuages se dissipent

La vue qui se découvre sur la crête et la vallée, du nord au sud

Mon frère en profite longuement

Le sourire aux lèvres, nous suivons la ligne de crête pendant quelques kilomètres puis dégringolons vers la résurgence de Font Vive, un bassin d’eau translucide au bord duquel nous essuyons une dernière averse avant une semaine de beau temps presque continu.

Vers Font Vive

Le chemin de crête

Vue sur la crête parcourue…

qui poursuit sa course vers le sud-ouest en s’effondrant lentement

Dernier coup d’œil vers les gorges de l’Ardèche, qu’on devine à gauche

Passés de l’autre côté de la crête, nous voyons l’orage sévir sur les monts d’Ardèche

La résurgence de Font Vive

Deux heures de transition dans une plaine sans réjouissance et nous franchissons la rivière du Chassezac à l’approche de Maison Neuve.

Le Chassezac

A la sortie du village, nous nous engouffrons dans les gorges du Chassezac, petit coin de paradis colonisé par les campeurs germaniques. Nous longeons le canyon pendant quelques trop courts kilomètres, par un chemin en balcon fleuri filant sur sa falaise septentrionale. A la lumière du soleil couchant, l’endroit nous apparaît comme la transcription en ce bas-monde du jardin d’Eden, impression que peinent à rendre nos photographies.

Les gorges du Chassezac

Le chemin approche les gorges…

puis y pénètre

Au sud, les falaises sont peu prononcées

A l’est, elles dominent une prairie…

par laquelle nous transitons

Le sentier prend de la hauteur…

et la paroi également ; au loin apparaît la falaise des Oiseaux

Les plus beaux panoramas sur les gorges, que les photos dépeignent mal

Vue en arrière sur le canyon arpenté

Nous arrivons bientôt à hauteur de Casteljau, presqu’île dessinée par un méandre du Chassezac. Dans ses bois opaques, une profusion anarchique de blocs rocheux couverts de mousse et d’arbres biscornus forme un dédale inextricable dans lequel notre duo a de la peine à se frayer un chemin. Tant bien que mal, en usant parfois des mains, nous nous extirpons de ce labyrinthe ensorcelé et déboulons de l’autre côté de la presqu’île.

Dans le bois de la presqu’île de Casteljau

Le sentier est rarement évident…

parfois effacé…

souvent improbable…

traverse même quelques failles rocheuses…

mais nous mène à bon port, sur l’autre versant de la presqu’île

Nous finissons la journée au creux des gorges, sur une plage que fréquentent encore quelques jeunes Allemands. Dès qu’ils se sont retirés, nous posons notre tente à même le sable. Nous paierons cher ce choix douteux, puisque les grains qui s’introduisent ce soir-là dans les fermetures éclairs de notre bien aimée tente les déstructureront progressivement.

Le bivouac dans les gorges du Chassezac

La falaise de Mazet, qui nous fait face à la sortie du bois de Casteljau

Nous descendons sur une plage…

parsemée de végétation…

sur laquelle flânent quelques ados

Notre discret bivouac

Dès le réveil, nous franchissons le Chassezac et poursuivons notre route sur les falaises de la rive droite.

La falaise de Mazet

Ladite falaise

Elle est truffée de grottes

Vue sur la plage où nous avons campé

Le passage vertigineux de la Corniche

Le Chassezac vu de la Corniche

Passée la Corniche, nous piquons plein ouest vers les Vans, à travers le bois de Païolive, qui dégage la même atmosphère étrange que celui de Casteljau. A sa sortie, nous butons sur le rebord d’une falaise surplombant la vallée de Chassagnes ; dans le prolongement de notre promontoire se dresse l’ermitage de Saint-Eugène, qui justifie largement un petit détour.

Vers l’ermitage Saint-Eugène

Le bois de Païolive

La sortie du bois

L’arrivée sur la falaise

Vue sur Chassagnes…

le Chassezac…

et l’ermitage Saint-Eugène

L’ermitage

Quelques kilomètres plus loin, le Chassezac traverse les Vans, ville qui marque la frontière entre les collines méridionales de l’Ardèche et les montagnes boisées des Cévennes.

Les Vans

Suivant toujours à distance la rivière, nous explorons le centre-ville, dénichons un lavomatique providentiel ou nettoyer tout le linge, sac à dos compris, et dès la réouverture de la poste locale, y récupérons les mythiques Meindls envoyées en urgence par ma belle-sœur quelques jours auparavant.

D’émouvantes retrouvailles

Je jette sans regret les chaussures de trails pour lesquelles j’avais cru bon d’opter au départ du trek et m’élance avec le frérot à l’assaut du serre de Barre, premier contrefort de la chaîne montagneuse des Cévennes.