Lutte hivernale dans la Sierra Nevada (décembre 2018) – 3/7 – premier franchissement de la Sierra Nevada

La quatrième matinée du trek est le tournant du voyage : à peine réveillé, je dois partir à l’assaut du Pico del Cuervo, qui forme, du haut de ses 3148 mètres, l’un des nombreux sommets du cordon montagneux central de la Sierra Nevada. C’est à cet endroit que je vais tenter de basculer de l’autre côté du massif. D’ici quelques heures, je saurai si l’entreprise est réalisable sans matériel d’alpinisme ou s’il me faut rebrousser chemin.

En rouge, le franchissement effectif

Histoire de profiter d’une neige dure et d’arriver à temps, de l’autre côté de la montagne, dans une zone propice au bivouac, je pars avant même le lever du jour. Cela fait une heure que je déambule chaotiquement sue une trace à peine balisée quand la lumière du soleil daigne enfin se substituer à ma lampe frontale.

Très rapidement, je dois traverser quelques névés ; rien de problématique cependant, et j’atteins les 2500 mètres d’altitude sans accroc majeur.

Un début d’ascension normal

Si ce n’est quelques névés…

…la pente ne présente pas de réelle difficulté

Légèrement à ma droite, le col que je vise avec, à sa droite, l’Alcazaba…

…plus à droite, le Pico Mulhacen…

…et tout à droite, au soleil, le Pico del Veleta…

…dont les pentes s’affaissent jusqu’à la vallée du Genil ; au fond, le bourg de Güéjar Sierra traversé la veille

C’est au niveau de la Cuesta de la Barraca que les choses se compliquent. Le sentier cesse d’attaquer frontalement la pente pour la longer en oblique, sur un revêtement de plus en plus enneigé et incliné. J’avance déjà difficilement, mes chaussures de marche basiques n’ayant pas suffisamment d’accroche ; seuls mes précieux bâtons permettent de sécuriser ma progression.

Plus on approche du col, plus la couche de neige devient homogène, et plus la pente s’accentue, augmentant à mesure le risque d’une glissade qui pourrait être fatidique. Je songe déjà à rebrousser chemin quand je me rends compte que, 50 mètres au-dessus de ma tête, la roche est à nue. Sans demander mon reste, je quitte la supposée trace, dont je ne vois depuis longtemps plus le moindre indice, me hisse, à même la pente, jusqu’à une zone rocailleuse et y poursuit une ascension frontale éprouvante mais totalement sécurisée.

C’est ainsi que j’accède à un premier replat, au revêtement glacé mais ne présentant, en l’absence de dénivelé, pas le moindre danger, puis à un mur final où la roche est saillante, et dont l’arête supérieure n’est autre… que la crête centrale de la Sierra Nevada !

Au sommet de la Sierra Nevada

L’endroit à partir duquel le sentier devient de moins en moins praticable

Un kilomètre plus loin, je bifurque hors sentier sur une pente…

de moins en moins enneigée, du haut de laquelle m’observent quelques bouquetins

Le replat neigeux et le mur final que j’ai du me farcir dans la foulée

Du replat, vue sur le Pico del Veleta…

…le Pico Mulhacen, l’Alcazaba et, tout à gauche, le col que je visais initialement…

…enfin la crête sur laquelle je me hisse…

…du haut de laquelle je peux contempler la plus célèbre vallée des Alpujarras, celle de Trevélez, mon prochain objectif !

Le cordon montagneux que je viens de dompter, complètement enneigé, s’étire à ma droite jusqu’à l’Alcazaba

A ma gauche, le Pico del Cuervo

J’ai à peine le temps de savourer ma réussite : il me faut en effet détecter, sur l’autre flanc du Pico del Cuervo, une voie permettant de descendre sans risque ses pentes ; à défaut, je devrai revenir sur mes pas.

Le sentier qu’indiquent les cartes démarre du col de la Buitrera, coincé entre le pic del Cuervo et celui, voisin, de la Justicia, et serpente dans un pli de la montagne. Dans les faits, ce pli est complètement obstrué par une couche de neige si penchée qu’il est impraticable sans crampons. Heureusement, une large bande de pierre le surplombant est à nue ; c’est dans cette voie naturelle que je m’engage. La pente s’adoucit bientôt et me permet de transiter sans risque d’îlot pierreux en îlot pierreux, jusqu’à une cuvette au doux nom de Hoya del Muerto, dans laquelle prend forme le Rio Juntillas.

Vers la Hoya del Muerto

En bas, la Hoya del Muerto ; une barrière de neige m’en sépare

Je la contourne par le col de la Buitrera

Le col de la Buitrera

En amont du col, la bande de pierre que j’emprunte

Des abords du col, vue nord-ouest vers les plaines andalouses…

…vue sud vers l’Alcazaba…

…et vue sud-est vers la Hoya del Muerto, de loin…

…à mi-distance…

…et de près

Au creux de la cuvette, le Rio Juntillas

Vue rétrospective sur la descente effectuée depuis le col de la Buitrera

La neige étant plus éparse sur les rives du Juntillas, je pense mes soucis terminés ; conviction bien présomptueuse ! Le chemin indiqué par opencyclemap n’existe pas et je dois progresser chaotiquement sur des sentes animales, entre neige, buissons et rochers, en suivant parfois le ruisseau, en prenant d’autres fois de la hauteur, au prix d’efforts répétés et mal récompensés qui ne s’adoucissent qu’une heure plus tard, à l’instant où je tombe sur un canal d’irrigation asséché me permettant enfin d’avancer à bon rythme.

Lutte imprévue sur les rives du Rio Juntillas

Les flancs du ruisseau…

…deviennent vite accidentés

Après quelques va-et-vient, je prends définitivement de la hauteur…

…m’écarte du ruisseau…

…et dégote un canal d’irrigation bien pratique !

Deux ou trois improvisations supplémentaires plus ou moins bien senties et je déboule sur un sentier balisé qui plonge vers la cuvette étonnamment luxuriante del Horcajo, où divers ruisseaux fusionnent pour former le Rio Trevélez. Après une journée de lutte sur des cimes désolées, je savoure comme rarement les panoramas qui se succèdent sur ce site paradisiaque au rythme de la descente. C’est en constatant le rendu pathétique des photographies que j’en ai tiré que je me suis décidé à me procurer un smartphone performant, dont je ferai usage à partir du printemps 2019.

La cuvette del Horcajo

La cuvette vue de loin…

…à mi-distance…

et de près…

Je retrouve un balisage près de la ferme de Cortijo Largo

La vallée du Rio Juntillas, dont je proviens…

…et celle du Rio Trevélez, à laquelle je me destine

Les pâturages ou broutent les vaches des deux fermes du coin…

…sont particulièrement escarpés, ce dont elles semblent s’accomoder

Le charmant pont en pierre del Horcajo, au bord duquel j’effectue la seule toilette du séjour

Le chemin nettement balisé qui rallie le village de Trevélez symbolise la fin de ma lutte hors sentier dans la haute montagne. J’ai réussi à franchir la Sierra Nevada, opération qui me semblait impossible trois jours plus tôt, et vais pouvoir découvrir, au pas de course, les villages des Alpujarras !