Lutte hivernale dans la Sierra Nevada (décembre 2018) – 4/7 – les Alpujarras

La région des Alpujarras regroupe une série de vallées perpendiculaires à la cordillère principale de la Sierra Nevada ; elles se distinguent du reste du massif par une flore plus riche, alimentée par de nombreux cours d’eau. Les villages emblématiques qui s’y nichent sont principalement localisés dans les deux vallées les plus marquées ; je pénètre dans les Alpujarras par l’une d’entre elles et vais m’en extirper par l’autre, après avoir surmonté le cordon montagneux qui les séparent.

En rouge, l’itinéraire dans les Alpujarras

Au moment où je commence à m’infiltrer dans la vallée de Trevélez, le soleil décline ; trouver un lieu de bivouac ne va pas être une mince affaire, tant les l’endroit est rocailleux et accidenté. Tant mieux, j’ai envie d’avancer ! Une heure de marche sur un sentier parfois taillé dans la roche et j’échoue sur un replat herbeux accueillant, en surplomb d’une falaise de 30 mètres. Même s’il reste une heure de jour, je me résous à occuper l’emplacement, non sans avoir quelque-peu prospecté aux alentours.

Bivouac dans la vallée de Trevélez

L’entrée dans la vallée

Le sentier s’infiltrant entre les blocs rocheux…

…est parfois aménagé en lacets pierreux

Les hauts sommets sont déjà bien loin…

…quand je tombe sur une pelouse accueillante dont je ne suis visiblement pas le premier à profiter

J’y dresse ma tente…

…au bord du vide

La nuit, froide et humide, m’incite à lever le camp dès l’aurore, d’autant plus qu’il m’est nécessaire d’atteindre l’autre vallée des Alpujarras avant la nuit, histoire d’opérer le second franchissement de la Sierra Nevada dès le lendemain matin. Au programme, 30 bons kilomètres, au moins 1000 mètres de dénivelé positif et plus encore de négatif. Stimulé par ce programme copieux, j’avale à toutes allure les six bornes qui conduisent à Trevélez.

Vers Trevélez

Le sentier longe un cours d’eau d’abord encaissé…

…plus loin ouvert

La végétation fait alors son apparition

Un des ponts qui me font plusieurs fois passer d’une rive à l’autre

Un aménagement du sentier

Une fermette typique

Plus haut village d’Espagne, Trevélez est célèbre pour ses jambons, dont d’innombrables exemplaires décorent les plafonds des gargotes locales. J’y déboule par la ville basse, moderne et pas vraiment séduisante; c’est en visitant sa ville haute, puis en appréciant la situation du bourg depuis le hameau perché de Cardales, que je céderai enfin à ses charmes.

Trevélez

Des hauteurs, vue d’ensemble du village…

…et vue rapprochée de sa ville haute

Façades de la ville haute

Les ruelles tortueuses du bourg…

…deviennent parfois des allées couvertes qui me rappellent les villages de Tinos

Une des fontaines du village

L’église de la ville basse, dédiée à San Benito

Le plafond couvert de jambons du café où je fais halte

A Trevélez, je choisis celui des sentiers qui file directement dans les hauteurs, histoire d’affronter sans délai la montagne qui barre l’accès à la vallée suivante. Le GR dont je suis le tracé transitant quelques kilomètres par des routes carrossables, je crois malin d’emprunter une voie alternative, sur des chemins magnifiques, mais très escarpés ; j’y gaspillerai un temps et une énergie précieuse qui m’obligera à marcher à toute berzingue le reste de l’après-midi.

Un détour incongru

Le sentier qui surgit de la ville haute de Trevélez

Celui qui me permet d’éviter la route…

…offre de belles perspectives sur la vallée dont je m’extirpe…

…et croise des alonis, élément incontournable du monde méditerranéen…

…mais, plonge, contre mes attentes…

…dans un ravin encaissé…

…que je traverse sur un pont des plus douteux !

De retour sur le tracé principal, non content d’avoir dispersé mes forces, je m’égare de nouveau à plusieurs reprises, puis subis le seul épisode pluvieux, ou plutôt neigeux, du séjour. Après plusieurs fausses joies, dans une montagne aux plis nombreux, j’atteins enfin la crête que je vise depuis des heures au niveau de las Alberquillas. La nuit s’annonce déjà, et c’est au galop que je dévale la ravine qui mène au village près duquel je compte bivouaquer, celui de Capileira, probablement le plus beau des Alpujarras. Un dernier petit détour par le Tajos del Angel, un belvédère permettant d’apprécier ce bourg, mais aussi celui de Bubión, et je débarque, puant de sueur, dans ses rues animées.

Vers Capileira

Le sentier reliant Trevélez à Capileira

La vallée de Trevélez…

…s’affaisse vers l’immense vallée transversale du Rio Guadalfeo ; en face, la Sierra Contraviesa

Après m’être farci quelques vallons secondaires…

…et une chute de neige…

…j’arrive sur une crête de pinède…

…derrière laquelle apparaît le village de Pórtugos

Logés dans la vallée où je bifurque, le village de Bubión, à gauche, et celui de Capileira, à droite

Gros plan sur Bubión…

…et sur Capileira

A toute vitesse, je recharge mes gourdes dans une fontaine du village et m’enfonce au creux d’un canyon merveilleux dont les flancs sont constellées de cultures en terrasse à l’abandon.

Aucune terrasse n’est assez plate pour garantir une bonne nuit, et après avoir vainement exploré les rives du ruisseau coulant en contrebas, je poursuis la route et trouve mon bonheur un petit kilomètre plus loin, près d’une bergerie en ruine, sur une pelouse toisant fièrement, comme celle du précédent bivouac, un profond précipice.

Malgré la débauche d’énergie que fut la journée de marche, je peine à m’endormir, stressé par la perspective d’un second franchissement de la Sierra Nevada que je pressens, à raison, moins fluide que le premier.