Triptyque inachevé dans les Carpates roumaines (juin 2019) – 4/5 – les monts Făgăraş

Au moment où je me hisse sur la crête centrale des monts Făgăraş, il ne me reste que trois journées et demie de marche ; un laps de temps insuffisant pour en voir le bout. J’ai pour objectif minimal le lac Bâlea et entend poursuivre au-delà ; les circonstances me stopperont bien avant.

L’itinéraire finalement suivi dans les monts Făgăras

Dans l’immédiat, c’est le brouillard qui me préoccupe. A tort : une heure de marche dans les brumes et le temps s’améliore soudainement, pour ne plus jamais se dégrader trop longuement.

Me voilà enfin libéré des dénivelés brutaux, des mouches, ours et autres troncs d’arbres. J’avale tranquillement les huit kilomètres de crête aplatie qui mènent à la Curmătura Brătilei, un énième abri en ballon de football.

Vers la Curmătura Brătilei

Une ligne de crête paisible…

domine des vallées plus enneigées

Alors que je passe à distance les ruines du vieux refuge Berevoescu…

les plus hautes cimes des monts Făgăraş apparaissent à l’horizon

Au-delà du mont Brătilă…

au fonds d’un col marqué…

se trouve un refuge près duquel se prélasse quatre randonneurs tchèques

Depuis le col, de profondes vallées s’avancent vers le nord…

et le sud

J’avance six kilomètres de plus, vers un site plus charmant et un refuge plus confortable où les Tchèques débouleront plus tard à la hâte, surpris par la pluie. Nous y passerons la nuit ensemble, après nous être baignés dans les eaux douteuses du lac attenant.

Halte nocturne au refuge Curmătura Zârnei

Je m’éloigne du refuge précédent…

sur une arête qui gagne en déclivité

Alors que les nuages annoncent une averse imminente…

je plonge dans une large cuvette…

au centre de laquelle se dresse le très fonctionnel refuge Curmătura Zârnei

Au nord, la cuvette se prolonge en plateau herbeux…

et au sud, elle bute sur une paroi étonnamment couverte de bruyères

Dans les parages, une source d’eau, que je ne parviens pas à localiser

Je décolle dès l’aube, dans l’objectif de marcher toute la journée et de gravir en fin d’après-midi le Moldoveanu, sommet des monts Făgăras et de toutes les Carpates méridionales. Dès les premiers kilomètres, les monts gagnent en majesté, leur pente s’accentue et, phénomène moins réjouissant, la neige commence à s’y accumuler, sans pour autant me gêner avant le col de Sâmbetei.

Vers le col de Sâmbetei

A l’horizon, mon premier objectif, le mont Zarna…

dont les pentes sont un peu tourbeuses…

et assez fleuries

Du sommet, vue sur la cuvette où les Tchèques dorment encore

L’arête, devenue très escarpée…

surplombe le lac gelé d’Urlea

En contrebas du lac, un nouveau refuge en forme de ballon de football

Devant moi, les contreforts du Moldoveanu

La crête que je longe par ses pentes méridionales

n’est côté nord qu’une falaise exposée s’effondrant au niveau du col de Sâmbetei

Du col de Sâmbetei, un sentier plus ou moins dégagé des neiges permet de s’immiscer dans une profonde vallée qui descend jusqu’au plateau Transylvanien. Une bonne voie de repli si je ne peux aller plus avant ; pour l’heure, je continue ma route vers le Moldoveanu, sur un itinéraire qui s’apparente à des montagnes russes.

Je franchis trois premières cimes sans grande difficulté ; c’est dans la quatrième, le mont Galbenele, que les névés deviennent trop glissants et inclinés pour que je m’y risque sans crampons. Je pourrais faire l’effort de les contourner par la roche, mais j’aperçois au loin, sur les pentes de l’Hârtopul Ursului, dernière bosse avant le Moldoveanu, des sections du sentier plus enneigées encore et qui m’ont l’air impossibles à éviter. De plus, si j’en crois plusieurs randonneurs m’ayant averti les jours précédents, les passages les plus problématiques se trouvent sur l’autre flanc du Moldoveanu. Bien que j’enrage à l’idée de renoncer si près du sommet de la Roumanie, je m’y résous finalement, écoutant la voix de la raison, et me retourne au dernier abri que j’ai dépassé à l’aller, le refuge délabré de Sâmbăta.

L’abdication

Entre les monts Slănina et Gălăsescu Mic, le refuge de Sâmbăta, dans lequel je me replierai ultérieurement

Le même refuge vu du sommet de Gălăsescu Mic

Le col qui suit, coincé entre les monts Gălăsescu Mic et Mare

De ce dernier sommet, vue sur le Moldoveanu…

et plus immédiatement, le mont Galbenele

En rouge, les sections qui posent problème, au premier et au second plan

Gros plan sur le premier névé problématique, le seul que j’aurais franchi

Un dernier coup d’œil vers le Moldoveanu et je reviens sur mes pas

La vallée de Sâmbetei, où se conclura mon trek le lendemain

Les Tchèques me rejoignent au refuge. Eux aussi sont de simples randonneurs, sans équipement spécifique. Il faut dire qu’en temps normal, il n’y en a pas besoin dans Făgăras en plein mois de juin. Après avoir écouté mon témoignage, ils renoncent à leur tour à prendre d’assaut le Moldoveanu, avec une frustration d’autant plus grande qu’il leur est arrivé la même chose l’année précédente, en Albanie. Pour se changer les idées, ils s’étendent sur l’herbe en espérant un bain de soleil. Mauvais choix : une grêle terrible et soudaine s’abat sur leur tête.

Témoignage de l’averse de grêle

Au réveil, le ciel bleu m’incite à retenter ma chance sur les pentes du Moldoveanu ; me rappelant les déboires italiens du mois précédent, je contiens mes pulsions, retourne au col de Sâmbetei et plonge vers la Transylvanie.

Dans la vallée de Sâmbetei

Vue matinale sur le Moldoveanu

Le col de Sâmbetei

La vallée du même nom

De la vallée, vue sur le mont Slănina…

et la pointe avancée d’Hoaghea…

d’où s’écoule une immense cascade

La Cabana Valea Sâmbetei, point d’accès traditionnel au Moldoveanu

J’achève la marche dans une station thermale où j’ingurgite un steak salvateur après une semaine d’abstinence.

Près du restaurant se dresse le monastère orthodoxe de Brâncoveanu, parfaite introduction à deux jours conclusifs tournés vers l’architecture transylvanienne.