Autour des monts d’Arrée (avril 2017)

Parmi nos randonnées bretonnes de 2017, une se détache par sa longueur et sa nature : un trek entrepris au printemps dans les monts d’Arrée.

Nous avions déjà traversé ces collines de lande lors d’une marche reliant Morlaix à Brest. Nous gardions de bons souvenirs de la région mais avions du laisser de côté deux de ses éléments emblématiques : la mythique forêt de Huelgoat d’une part, de l’autre cette spécificité architecturale qu’on peut contempler dans nombre de ses villages : les enclos paroissiaux.

L’enclos paroissial est un ensemble architectural délimité par un mur d’enceinte et comprenant, outre l’église, des édifices variables selon les lieux, dont les plus courants sont la porte triomphale, l’ossuaire et le calvaire. Si l’on en trouve un peu partout en Basse-Bretagne, ils sont particulièrement concentrés dans les villages ceinturant les monts d’Arrée. C’est avec l’idée d’en joindre une douzaine à la marche avant d’explorer la forêt de Huelgoat que j’élabore un tracé de 115 bornes, à boucler en trois jours et demi.

Le parcours finalement réalisé (lien openrunner)

Quelques heures avant la tombée de la nuit, un covoitureur nous dépose tout près du village de Saint-Thégonnec. Le magnifique enclos paroissial qui nous y attend est au final le plus synthétique du séjour ; nous aurions préféré le visiter en dernier !

L’enclos paroissial de Saint-Thégonnec

Ivonig devant la porte triomphale ; au fond, l’église Notre-Dame

Le placître de l’enclos : à gauche, la porte triomphale ; à droite, le calvaire ; au fond, l’ossuaire

La façade nord de l’église

Malgré un bon rythme, nous n’atteignons qu’à la nuit tombante le deuxième enclos paroissial, celui de Guimiliau. D’autant plus frustrant qu’il contient le plus beau calvaire croisé sur notre route. Quelques kilomètres plus loin, nous posons notre tente à côté de la fontaine Saint-Pol. Nous mangeons notre semoule à la lumière des bougies qui y ont été laissées ; elles éclairent notre bivouac d’une lumière mystique.

L’enclos paroissial de Guimiliau

Point de vue global sur l’enclos paroissial

Le calvaire, un véritable chef d’œuvre dont la photo ne rend pas bien compte

A l’extérieur du village, la fontaine Saint-Pol

Le deuxième jour est centré sur l’architecture : cinq enclos vont jalonner notre chemin. Nous démarrons par celui de Lampaul-Guimiliau, truffé de statuettes.

L’enclos paroissial de Lampaul-Guimiliau

Ivonig devant l’entrée de l’enclos paroissial ; au fond, le clocher tronqué de l’église Notre-Dame

Les statues des apôtres nichées dans l’entrée de l’église

Le lavoir bordant l’enclos paroissial

Le reste de la journée ne sera pas formidable. Une fastidieuse transition de vingt kilomètres, avec comme seul divertissement le modeste enclos de Loc-Eguiner, nous est nécessaire pour atteindre le village de la Roche-Maurice, dont l’enclos paroissial retient moins notre attention que les ruines du château le surplombant. Quelques kilomètres plus loin, deux autres enclos se succèdent, ceux de la Martyre et de Ploudiry ; le premier, le plus ancien de Bretagne, vaut vraiment le détour ; le second moins, d’autant plus que son église est en réfection.

D’autres enclos visités le deuxième jour

L’église de l’enclos de Loc-Eguiner

Les ruines du château de la Roche-Maurice

Le village de la Roche-Maurice vu du château

L’enclos paroissial de la Roche-Maurice

Ivonig dominant la porte triomphale de l’enclos paroissial de la Martyre

Après quarante bornes de marches, nous dressons notre bivouac au bord du ruisseau de l’Elorn. La nuit sera fraîche ; la journée du lendemain plus encore, la faute à un vent du nord glacial qui ne cessera de nous importuner.

Le site du bivouac

Durant notre troisième jour de marche, nous nous hisserons deux fois au sommet de la crête centrale des monts d’Arrée, traversée dans toute sa longueur en 2014. Sur la route qui nous mène à notre première ascension, nous dépassons deux enclos paroissiaux de caractère. Le premier, ramassé et hétérogène, est édifié au centre du village de Locmelar. De ceux visités durant le trek, c’est celui que j’ai préféré, non seulement pour ses édifices, mais également pour l’intérieur de son église, où sont exposés des retables et tableaux en bas-relief admirablement taillés dans le bois.

L’enclos paroissial de Locmélar

L’enclos paroissial, avec son calvaire ; à l’arrière-plan, l’église de Saint-Mélar

A gauche de l’église, une sacristie à la toiture en carène

Dans l’entrée, les statues de six des apôtres

Un bas-relief en bois racontant la passion du Christ

Moins charmant, l’enclos paroissial suivant, sis à Sizun, est célèbre pour sa porte triomphale, la plus imposante de Bretagne.

L’enclos paroissial de Sizun

La porte monumentale

La chapelle funéraire

Le clocher de l’église Saint-Suliau

Au-delà de Sizun, notre trace nous conduit au lac du Drennec, où démarre l’ascension de la crête des monts d’Arrée. Le vif souvenir que nous gardions des lieux à notre premier passage est quelque peu terni par la rareté des petits sentiers, auxquels les paysans du coin ont trop souvent substitué des pistes boueuses. Malgré tout, nous profitons de belles vues sur des sommets emplis d’ajoncs et surmontés d’affleurements rocheux caractéristiques.

Sur la crête des monts d’Arrée.

Les sommets typiques des monts d’Arrée

Vue sur Commana depuis la crête

Peu avant le Roc’h Trévézel, point culminant du massif, nous dévalons hors sentier le versant nord de la crête en direction des deux derniers enclos paroissiaux de notre parcours, ceux de Commana et Plounéour-Ménez; le premier surtout a de d’allure.

Les enclos paroissiaux de Commana et Plounéour-Ménez

La porte triomphale de l’enclos de Commana ; à l’arrière plan, le clocher de l’église Saint-Derrien, haut de presque 60 mètres

Le porche sud de l’église de Commana, dans le style Renaissance

L’arc de triomphe permettant d’entrer dans l’enclos paroissial de Plounéour-Ménez

L’église de Plounéour-Ménez ; au premier plan, l’un des deux calvaires

Au-delà de Plounéour-Ménez, nous filons tout droit vers la forêt de Huelgoat. Sur notre route, l’ascension du Roc’h Trédudon puis une quinzaine de kilomètres en faux-plat descendant. Au tiers de la descente, nous pénétrons dans la Feuillée, la plus haute commune de Bretagne. Nous dressons la tente au bord de son terrain de foot et nous endormons par un froid glacial. Au petit matin, nous apprendrons au café du bourg que cette nuit était la plus froide de l’année : -4 degrés, une température très rare en Bretagne, même à 300 mètres d’altitude ! Cela nous conforte quant à la qualité de notre système de couchage, qui nous a bien tenu chaud malgré sa légèreté.

Dix bornes de marche et nous atteignons l’orée de la forêt de Huelgoat. Une boucle de 15 kilomètres va nous permettre de l’explorer de fond en comble, de ses divers lieux-dits septentrionaux aux chaos rocheux de la rivière d’Argent en passant par les mines abandonnées du sud. Après un début un peu décevant sur des chemins trop aménagés pour les touristes, nous prenons beaucoup de plaisir à nous plonger, par les méandres d’un tracé accidenté, dans un labyrinthe de feuillus et de rochers gagnés par la mousse.

Quelques sites de la forêt de Huelgoat

La Grotte d’Artus

La Mare aux Sangliers

Le Gouffre

Un feuillu tolkienien

Premier contact avec la rivière d’Argent

Nous achevons notre circuit par le clou du spectacle, les fameux chaos rocheux emplissant le lit de la rivière d’Argent à l’approche du bourg de Huelgoat.

Les chaos rocheux de Huelgoat

Quelques passages du chaos rocheux

La Roche Tremblante

Le Champignon

Le chaos rocheux finit par déborder du vallon. On peut alors, à travers les les interstices des rochers grimpant vers les hauteurs, se glisser dans un gouffre étroit nommé la Grotte du Diable. Plus loin, le chemin doit s’infiltrer entre de gros blocs pour soudainement déboucher dans le village ; une arrivée classieuse pour un trek synthétisant bien ce qu’est la Bretagne des terres !

L’arrivée à Huelgoat

A l’approche du village, les blocs rocheux emplissent toute la vallée

La Grotte du Diable

Le chemin perçant entre les roches

Vue en arrière sur les derniers mètres du chemin

Le voyage qui nous ramène à Rennes est une belle galère. Covoiturage à l’aller, bus puis train au retour, avec les aléas et heures d’attente qui vont avec : mon frère ne supporte plus de devoir se plier à de telles contraintes pour des voyages de quelques jours à portée de Rennes. Il brûle d’obtenir son permis, ce qui sera fait quelques mois plus tard.

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