Pérégrinations en Catalogne (juin 2017) – 0/5 – présentation du voyage

A la recherche d’un trek dans la péninsule espagnole, j’atterris sur l’excellent blog du randonneur Mayake, qui m’avait déjà été indirectement utile à l’occasion de mes voyages à Tenerife (relaté ici) et au Zagori (relaté ) et le sera encore par la suite. Cette fois-ci, c’est le récit d’une marche effectuée par le blogueur dans l’arrière-pays catalan qui attire mon attention (voir ici).

Il s’agit d’une boucle balisée de 90 kilomètres, axée autour des Muntanyes de Prades, initialement destinée à des trailers et nommée, en l’honneur des quatre refuges la jalonnant, la Ruta dels Refugis. Au-delà de quelques critiques formelles, Mayake dit tant de bien du parcours que je me décide à en faire l’étape principale d’un voyage destiné à conclure mon très chargé printemps.

Je parviens à libérer une petite semaine entre deux sessions de travail. Trois grosses journées devraient me suffire pour boucler la Ruta dels Refugis au départ de Vilaplana ; en excluant le temps passé dans les avions, bus, trains et métros, il m’en reste deux, que je décide de consacrer à l’exploration de Montserrat, une montagne barcelonaise où est niché le plus important monastère catalan ; s’il me reste un peu de temps, je visiterai en vitesse la ville de Barcelone avant de décoller pour Rennes.

Tout comme en Provence deux mois plus tôt, je pars sans tente et avec un sac de couchage très léger, comptant sur le beau temps, les refuges et d’éventuels abris de fortune pour me protéger des pluies occasionnelles.

Mayake a semble-t-il respecté en détails le tracé officiel de la Ruta dels Refugis, malgré un balisage dont je confirme la grande médiocrité. J’ai été bien plus infidèle, parfois involontairement, par exemple lors d’un détour malvenu entre Prades et Albarca, le plus souvent de manière délibérée. Ainsi ai-je zappé le passage par le sommet de Prades, empruntant trop de pistes carrossables à mon goût ; depuis l’ermitage de Mare de Deu de l’Abellera, j’ai préféré filer tout droit vers le village de Prades. Entre Albarca et Cornudella de Montstant, au moment où la randonnée suit les contreforts de la Serra de Montsant, j’ai préféré rester sur le superbe sentier en balcon du GR174 plutôt que de me conformer au tracé de la Ruta dels Refugis, suivant ici les judicieux conseils de Mayake. Dernière modification d’ampleur : au-delà des gorges de Siurana, plutôt que de plonger directement dans la vallée de Vilaplana, j’ai continué dans les hauteurs jusqu’au refuge de la Mussara, déjà croisé le premier jour, histoire d’y passer la nuit avant de descendre par une variante à Vilaplana.

Le tracé complet de ma variante de la Ruta dels Refugis (lien openrunner)

Sans égaler, loin s’en faut, ma boucle récente au Zagori, la Ruta dels Refugis immerge le randonneur au cœur d’un environnement admirable, complètement isolé du vacarme bétonné de la côte catalane. J’ai pu y vérifier l’assertion de Mayake, selon laquelle la zone est très peu fréquentée, si ce n’est aux abords de deux ou trois sites touristiques : tout comme lui, je n’ai quasiment croisé aucun randonneur en trois jours de marche. Les paysages des Muntanyes de Prades sont variés, avec une alternance de collines douces et de gorges, de paysages rocailleux et verdoyants, de lacs et de cascades. Les villages, chapelles et hameaux qu’on croise sont majoritairement composés de demeures en vieille pierre, avec en point d’orgue l’incroyable bourg de Siurana, qui mérite par sa beauté comme par sa situation l’affluence touristique que j’y ai constaté. Bref, la boucle est un must pour celui qui entend découvrir la Catalogne traditionnelle.

Je serai plus sceptique concernant Montserrat, deuxième étape de mon séjour. Plus précisément, j’y ai vécu l’inverse de ce à quoi je m’attendais. Par l’aspect surréaliste de ses pitons rocheux arrondis et la présence d’un monastère mythique, ce massif montagneux semblait avoir quelque rapport avec celui des Météores, que j’avais arpenté un mois plus tôt (voir ici). Je pensais y retrouver les mêmes éléments: un lieu saint fascinant, magnifié par un site pittoresque, assez inadapté cependant, du fait de sa dimension touristique, à l’accomplissement d’une véritable randonnée. A posteriori, c’est le constat inverse que je dresserai.

Ceux qui privilégient l’art mobilier et les intérieurs d’églises seront comblées par la nef de la basilique de Montserrat, la célèbre statue de la Vierge noire trônant au-dessus de l’autel, la charmante chapelle nichée derrière la statue, le prestigieux musée jouxtant l’église. Pour ceux qui, comme moi, s’attachent avant tout à l’architecture proprement dite, le monastère pris dans son ensemble ne dégage aucun charme. Il n’est rien de plus qu’une gigantesque structure bétonnée, dissimulant la basilique originale derrière d’immenses façades modernes, elle-même entourées d’hôtels et de restaurants. Rien à voir avec les monastères des Météores, encore moins avec ceux du mont Athos visités deux ans plus tôt (voir ici).

A contrario, le massif montagneux entourant le monastère est bien plus intéressant que celui des Météores. Si ce n’est une voie centrale menant à son point culminant depuis le monastère, il n’a quasiment pas été touché par la modernité et fourmille de sentiers filant aux quatre coins de l’improbable labyrinthe rocheux qu’il constitue. De plus, il recèle dans ses hauteurs un petit trésor, l’ermitage de Sant Salvador, un abri non gardé creusé à même la roche, dans un recoin discret des falaises surplombant le monastère. Un site de bivouac exceptionnel dont j’ai profité deux nuits de rang.

Un mot enfin sur la visite de Barcelone, accomplie en trois petites heures au pas de course : pas ma meilleure randonnée urbaine, assurément ! Je l’évoquerai brièvement dans un cinquième récit, le quatrième étant dédié à mon passage à Montserrat et les trois premiers à ma boucle dans les Muntanyes de Prades.

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