Boucle de Zagori (mai 2017) – 0/5 – présentation du voyage

Depuis quelques années déjà, mon frère et moi avions dans le viseur le trek de Zagori, site exceptionnel situé dans le massif de Pinde, au cœur d’Epire, une région du nord de la Grèce où s’achèvent les chaînes montagneuses des Balkans.

Nous en avions entendu parler pour la première fois sur le site cycladen.be de Raymond Verdoolaege, que nous consultions alors régulièrement pour préparer nos voyages cycladiques. Les photos de Zagori compilées par le randonneur belge (voir ici) nous avaient séduit au point que nous nous étions jurés de nous rendre un jour sur place.

Au retour de ma seconde traversée des Cyclades, décidé à faire d’une boucle au Zagori l’axe de mon prochain voyage hellénique, je me renseigne plus avant sur internet et découvre entre autres le récit d’acd1410, un randonneur ayant réalisé un road-trek dans le nord de la Grèce, durant lequel il a adjoint à un circuit au Zagori la visite des monastères des Météores et l’ascension du mont Olympe (voir ici). J’avais déjà en tête une entreprise du même genre ; son retour me convainc définitivement de sa pertinence. Mon frère se montre également séduit par l’idée de marcher successivement dans ces trois sites mythiques. Un seul élément nous freine : nous n’avons pas le permis de conduire, et il est assez vain de vouloir substituer à l’usage de la voiture celui de bus dont le réseau est presque inexistant dans la région.

Le projet aurait été temporairement mis de côté si nous n’avions pas reçu, à l’automne 2016, le renfort de notre ami Sacha, désireux de partir marcher avec nous au printemps suivant et possédant son permis. Il se montre enchanté à l’idée de participer au road-trek, quitte à en être l’unique conducteur. En échange, je modère quelque peu la dureté du tracé initialement élaboré au Zagori, histoire de l’adapter à une personne moins férue de marche qu’Ivonig et moi. Dans cette optique, je segmente la boucle en cinq étapes, contre quatre dans mon projet initial. Cela implique une nuit supplémentaire sur place ; en plus des deux bivouacs dans des abris indiqués par acd1410 et de la nuit en refuge, j’en implémente une quatrième dans un hôtel de Vikos. D’autre part, j’exclus l’ascension de l’Astraka, le sommet central du Zagori, histoire de ramener le dénivelé positif à avaler quotidiennement en-dessous des 1000 mètres. Pour finir, je modère la difficulté de l’ascension du mont Olympe, substituant à une boucle transitant par plusieurs sommets secondaires un aller-retour plus classique depuis Prionia.

Ceci dit, je conserve les détours que j’ai planifié tout au long du trek de Zagori. La boucle décrite par acd1410 est sans fioriture, ce qui lui a permis de l’accomplir en deux jours et demi. La mienne est jalonnée d’une petite dizaines de portions supplémentaires, que ce soit des détours, des boucles ou des aller-retours, histoire de pouvoir contempler Zagori sous tous ses angles. Au final, notre trio a opéré tous les ajouts que j’avais prévu, et avec profit : chacun d’entre eux a ajouté une saveur inédite au trek.

La boucle de Zagori finalement réalisée (lien openrunner)

J’ai savouré chaque jour de notre road-trek dans l’hellade septentrionale. Deux éléments seulement l’ont terni. Le premier concerna le site des Météores, admirable en soi mais trop touristique et, en conséquence, trop goudronné et remodelé pour être agréablement arpenté à la marche. Mieux vaut se contenter de relier en voiture les divers monastères.

Le second aspect décevant du road-trek fut la météo des derniers jours. Idéale jusqu’à ce que nous arrivions au bord de la Méditerranée, elle s’est gâtée durant la nuit qui a précédé l’ascension de l’Olympe. Il n’a plus alors arrêté de pleuvoir jusqu’à notre départ de Grèce. Pluie dans la vallée signifie chutes de neige et nuages en altitude. Le brouillard, opaque à partir des 2000 mètres, nous a empêché de profiter des vues panoramiques depuis les hauteurs de l’Olympe. De plus, la couche de neige était si importante au-delà de 2500 mètres que nous n’avons pas pu nous hisser sur le point culminant du massif, le sommet du Mytikas, et pour atteindre le Skala, pointe secondaire située sur la même crête, 100 mètres plus bas, il nous a fallu progresser hors-sentier, avec de la poudreuse jusqu’aux genoux. Malgré l’aspect dantesque d’une telle ascension, j’en conserve un souvenir mitigé, moi qui la concevait comme le parachèvement de huit années de voyages helléniques.

Ces bémols restent toutefois bien secondaires en comparaison de notre expérience dans le massif de Pinde. Les cinq jours qu’a duré notre boucle de Zagori ont en effet été exceptionnels. Tout du long, nous nous sommes trouvés immergés en pleine nature, dans une région verdoyante presque entièrement préservée des atteintes de la modernité. A de rares exceptions, nous n’avons croisé aucune route goudronnée et avons constamment alterné entre sentiers bucoliques, chemins dallés et tracés hors-sentier sur des plateaux déserts. Quant aux Zagoria, ces villages perchés dans les collines qu’on traverse sur des voies pavées, ils sont intégralement composés d’imposantes demeures en vieille pierre et aux toits de lauze.

Chaque jour de marche nous a réservé quelque chose de spécifique: le premier jour, parcours dans des vallons chevauchés par des ponts ancestraux à arches multiples ; le second, plongée dans la gorge de Vikos, constituant tout simplement le canyon le plus profond du monde ; le troisième, emprunt de chemins en balcon surplombant la gorge, sur laquelle il offre divers panoramas ; le quatrième, passage en haute-montagne durant lequel on transite de plateaux herbeux en lacs d’altitude ; le cinquième enfin, le plus incroyable peut-être, progression sur un plateau qui s’affale progressivement en son milieu, laissant naître et se creuser l’immense gorge de Megas Lakkos, qu’on longe par un sentier vertigineux planté dans sa paroi extérieure. De toute la boucle, il n’y a rien à jeter, aucune fausse note, aucun temps mort ; probablement les cinq jours les plus jubilatoires par leur constance de ma vie de randonneur, même s’ils auraient gagné à être plus intenses sur le plan physique.

La boucle de Zagori semble avoir été tout aussi marquante pour mes deux camarades, notamment parce qu’elle a été pour eux l’occasion de découvrir la marche en haute montagne. Mon frère, qui pensait a priori préférer la moyenne montagne, y a pris un plaisir inattendu qui a décisivement modifié son jugement sur la question. Du côté de Sacha, les randonnées en altitude des quatrième et cinquième jours semblent avoir opéré une sorte de déclic ; lui qui auparavant marchait avant tout pour passer du temps avec ses amis, a cette fois aimé la randonnée pour elle-même ; ainsi a-t-il, dans les mois qui ont suivi, acheté du bon matériel et entrepris plusieurs treks solitaires dans les Alpes françaises, puis une boucle de quatre jours en ma compagnie dans les Alpes suisses (voir ici).

Même si notre voyage a été au final assez bref, il y a beaucoup à en dire, tout autant à en montrer. Les cinq prochains récits relateront jour par jour le circuit de Zagori ; j’en consacrerai deux à part à notre passage aux Météores et au mont Olympe.

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