Au sommet des Bauges (octobre 2018) – 1/3 – présentation et première ascension

Une année et demie après son dernier périple grec, quelques mois après une semaine de retrouvailles dans le Massif central, le trio habituel que je forme avec mon frère et notre ami Sacha se réunit enfin de nouveau, à l’occasion d’une grosse semaine de marche automnale.

Au fil des discussions, la destination que nous visons perd en exotisme : d’une île des Canaries, nous bifurquons sur la Sicile, puis le Pays Cathare, plus tard le nord de l’Italie, avant de nous rabattre sur un objectif plus modeste, les massifs pré-alpins, pour des raisons essentiellement financières, le domicile de Sacha, où nous devons nous rejoindre au préalable, étant situé à portée de tir, dans la banlieue lyonnaise. Il n’est pas question de cibler la Chartreuse et le Vercors, que Sacha connaît déjà, et dont Ivonig et moi souhaitons faire les premières étapes d’une randonnée alpine ultérieure qui s’étalera sur un mois. Deux autres massifs pré-alpins nous tendent les bras : au nord de la Chartreuse, les Bauges, et au sud du Vercors, les Baronnies provençales. Plutôt que de se focaliser sur l’un des deux, je propose à mes camarades de les visiter consécutivement, en accordant à chacun quatre petites journées, avec une nuit intermédiaire de nettoyage et de repos au domicile de Sacha. Le concept les séduit ; je me charge de lui faire prendre forme et nous le concrétisons à la fin du mois d’octobre.

Effectués par défaut, les deux treks ont de loin dépassé mes attentes. Il faut dire que les planètes se sont alignées pour nous faire plaisir, notamment dans le massif auquel ce récit est consacré, à savoir les Bauges : malgré l’automne avancé, la neige ne s’y est pas encore abattue et c’est un grand soleil qui nous accompagnera tout du long ; en cette saison, les forêts de feuillus, nombreuses, offrent une palette de couleurs inouïe ; à la fois vert et escarpé, le massif dispose d’un véritable labyrinthe de sentiers ; à cheval entre la moyenne et la haute montagne et, de ce fait, sauvage mais abordable, il convient parfaitement à des randonneurs chevronnés mais sans matériel d’alpinisme ; ses refuges non gardés, nombreux et bien tenus, ont offert à Sacha une nouvelle expérience ; à cette époque, il n’y a pas un chat, et nous n’avons croisé quasiment personne ; enfin l’itinéraire que j’ai conçu, plus corsé que prévu, a permis à notre trio d’effectuer sa plus grosse performance commune, avec 1700 mètres de dénivelé positif moyen avalé les trois premiers jours, le troisième comptant même 27 bornes pour 1900 mètres de dénivelé positif, un menu copieux qui, à ma surprise, n’a pas fait saturer mes compères !

En somme, un trek savoureux, pour une somme modique, puisque nous l’avons effectué en complète autonomie, et que son point de départ ne se situait qu’à une grosse heure de route de l’appartement de Sacha. Ce point de départ fut le village d’École, dans la partie orientale des Bauges, que j’ai privilégié après quelques hésitations, séduit par la multitude de ses sentiers, de ses refuges non gardés et par la possibilité de passer par le sommet du massif, la pointe d’Arcalod, dressée 2200 mètres au-dessus de la mer.

L’itinéraire finalement emprunté, assez proche de celui que j’avais planifié (lien openrunner)

Le premier jour se résume à une ascension par paliers de 18 kilomètres, à destination du chalet du Drison.

En rouge, ladite ascension

Une première grimpe nous conduit au hameau de Rière Bellevaux, à travers des forêts si colorées qu’elles semblent surgir d’un tableau impressionniste.

Vers Rière Bellevaux

Sacha préparant son sac dans le village d’École

Dans les hauteurs, l’église de Jarcy et au loin, le mont Trélod, axe autour duquel j’ai tracé notre circuit

Les forêts éclatantes de couleurs où nous nous enfonçons derechef

De la clairière où nous déboulons finalement, vue sur le mont de la Coche, excroissance de la pointe d’Arcalod

Ivonig approchant Rière Bellevaux

Le hameau borde le ruisseau du Chéron, que nous longeons quelques temps avant de nous extirper du vallon par un raidillon d’une vingtaine de lacets.

L’un des lacets

Nous surgissons, 600 mètres plus haut, sur une crête saillante que nous suivons jusqu’au col de Fougère. Le reste est une partie de plaisir : un sentier en balcon filant sur les pentes du mont d’Orisan nous conduit au col du Drison, où un panorama vespéral sur le Mont Blanc, que Sacha n’avait encore jamais pu admirer, conclut en beauté notre journée.

Un sentier en balcon idyllique

L’arrivée au col de Fougères…

…avec, à droite, le Grand Roc…

…et à gauche, une barre rocheuse s’étendant du mont de la Coche, à gauche, à la pointe d’Arcalod, à droite

Un nouveau passage bariolé en forêt

La pointe d’Arcalod, sommet des Bauges…

…à laquelle nous faisons face…

…avant de bifurquer vers le col du Haut du Flour

Une dernière forêt…

…et nous atteignons le col du Drison

Au col, le Mont Blanc apparaît à l’horizon

Au moment où nous arrivons au col, quelques chiens dirigent à grand renfort d’aboiements un troupeau de chèvres vers le chalet du Drison, tapi en contrebas ; nous comprenons qu’il est encore occupé, par un berger accueillant qui ne prend pas la peine de nous faire payer l’accès au refuge attenant. La nuit parfaite que nous passons dans sa mezzanine, au chaud et sur des matelas douillets, aurait pourtant mérité rétribution !

Au chalet du Drison

Le chalet vu du col

Les chiens guidant leurs ouailles

La bergerie du Drison…

…protégée par la pointe de la Sambuy

Ivonig et Sacha au nirvana

Les onze heures de sommeil continu dont nous avons tous trois profité seront fort utiles : la journée suivante s’annonce particulièrement rude.