Le long des côtes anglaises (aout 2017) – 2/4 – la campagne du Dorset

A mesure que le train s’éloigne des banlieues grises de Southampton et s’enfonce dans le bocage du Dorset, ma mine s’éclaircit et mes impressions virent au positif. Dès l’arrivée à Wareham, village de départ de la randonnée, je suis plongé dans une atmosphère bucolique saisissante dont je ne resurgirai plus.

La première partie du trek est rurale ; lancé en fin d’après-midi, je n’atteindrai la mer que le lendemain, à l’heure du déjeuner.

En bleu et rouge, les deux demi-journées campagnardes du trek

Pour l’heure, je file en direction du château de Corfe. Un agréable kilomètre dans la rue principale de Wareham, aux façades alternant le calcaire et la brique rouge, me conduit sur les rives paisibles de la Frome, au bord desquelles affluent les locaux.

Le village de Wareham

La rue principale

La place des quais

La rivière de la Frome

Wareham vu des premiers arpents du sentier

L’église de Lady St Mary

Un vestige des célèbres cabines téléphoniques anglaises, aujourd’hui à l’abandon

Dès que je quitte les berges de la Frome pour m’enfoncer dans la nature, je découvre une particularité du Dorset : ses campagnes, principalement tournées vers le pâturage, ne comportent presque aucun de ces chemins entre-champs qui quadrillent les terres agricoles bretonnes. Le randonneur, après avoir franchi d’ingénieux portails implantés dans les barrières, avance au cœur de champs parfois très vastes, suivant les vagues traces imprimées dans le tapis herbeux par ses prédécesseurs. Un procédé immersif dont j’avais déjà eu quelques exemples durant mon trek irlandais dans les monts Wicklow (voir ici).

Après avoir ainsi traversé quelques pâturages et dépassé des cottages semblant s’être spécialisés dans élevage de chevaux, je m’immisce dans une lande de bruyères où végètent librement moutons et vaches. Quelques kilomètres plus loin, au moment où s’achève la lande, je découvre une autre coutume anglaise, consistant à établir d’immenses campings dans des prairies où aucune délimitation n’est opérée entre d’hypothétiques parcelles ; les touristes, principalement des familles anglaises, s’installent au hasard, dans une sorte d’anarchie douce. Je traverse le site au soleil couchant, dépassant des grappes de campeurs qui s’agglutinent autour de barbecues collectifs. Je reverrai plusieurs fois des campings de ce genre ; s’en dégage une jovialité dont je profiterai moi-même au soir du troisième jour de marche.

Dans la campagne du Dorset

Un des innombrables portails franchis durant le trek, aux mécanismes variés mais toujours ingénieux

Le cottage de Creech View

La lande de Creech Heath

Une des vaches qui y vagabondent

Un vieux panneau de randonnée enfoui dans la végétation

Le camping champêtre de Norden Farm

Alors que je me hisse sur Purbeck Hills, immense crête s’étirant jusqu’à la mer à l’ouest comme à l’est, les vues se dégagent sur les vallées alentour. Apparaissent bientôt devant moi, juchées au sommet d’une colline arrondie, les ruines du château de Corfe, qui forment avec le village en contrebas et les bosses alentour un tableau paroxystique de l’Angleterre rurale. Je grimpe au point culminant de la crête pour admirer l’ensemble sous tous ses angles puis repère un coin aplati où installer mon bivouac à la nuit tombante, lorsque les promeneurs du soir auront quitté l’endroit.

Le bivouac devant le château de Corfe

Le moment où le château de Corfe apparaît devant moi

Le château vu depuis le sommet de la crête

En contrebas, le village de Corfe

Le replat où je dresse la tente

Vue sur le château depuis le lieu de bivouac

La tente photographiée au petit matin

Aux aurores, bien qu’on soit en plein mois, d’août, que la nuit soit douce et qu’il n’ait pas plu une goutte, la toile de tente est ruisselante ; jamais je ne l’avais vue si trempée. Il en ira de même les jours suivants, dans un pays où l’humidité est omniprésente.

Perçant à travers une épaisse brume matinale, j’approche du château, un des premiers d’Angleterre a avoir été construit en pierre. Bastion royaliste, il a été rasé par les forces d’Oliver Cromwell en 1645. A cette heure précoce, il est encore fermé.

Le château de Corfe

L’entrée

On devine la silhouette du donjon à travers le brouillard

Les ruines du rempart

Le village vu du château

Après avoir contemplé Corfe Castle, je traverse le bourg du même nom, peut-être plus fascinant encore. Avec son église austère au clocher carré ramassé, ses maisons en vieille pierre parfois couronnées de toits de chaume, ses vieux pubs et son cimetière celtique, il incarne parfaitement le village traditionnel britannique.

Le village de Corfe Castle

La place centrale

La St Edward Church

A gauche des panneaux de randonnée, une icône dédiée à Edouard le Martyr, célèbre roi assassiné à Corfe au Xème siècle

L’ ancien Town Hall

Un pub en activité depuis le XVIème siècle !

La rue principale de Corfe Castle

Ici et là, des toits de chaume

Le cimetière

Depuis Corfe Castle, un tracé d’une dizaine de kilomètres est censé m’emmener sans accroc jusqu’au littoral. Le chemin me paraît d’autant plus tranquille que ses premiers arpents sont balisés, ce que ne laissaient pas deviner les cartes glanées sur internet. Parti confiant, je m’embarque sans le savoir dans une galère de deux bonnes heures. Leurré par des indications contradictoires, n’y voyant rien dans un brouillard gagnant en densité, je m’égare dans des pâturages de hautes herbes si gorgées d’eau que mes chaussures de trail n’y résiste pas longtemps. J’erre ainsi de champ en champ, perdu dans des brumes toujours plus épaisses, mes pieds imbibés d’eau, jusqu’à ce qu’un paysan amusé me réoriente vers la fermette d’un collègue, d’où un carrossable profondément boueux me ramène à la route à hauteur du cottage de West Orchard.

Une des passerelles reliant des pâturages entre lesquels j’ai longuement transité au hasard

Mes chaussures sont si pleines d’eau que je fais une pause d’une bonne heure en bord de route, le temps de les aérer, d’en essorer les semelles et de changer de chaussettes. L’opération est une réussite ; je repars plus ou moins au sec, et après deux bons kilomètres sur le goudron, entame sur de jolis sentiers de crête la section finale m’emmenant vers le rivage. La baie de Kimmeridge apparaît bien vite à ma gauche ; à hauteur de Tyneham, ma crête rejoins les falaises côtières et rallie ainsi le South West Coast Trail au sud de la baie de Worbarrow.

L’arrivée sur la côte Jurassique

Le début du sentier de crête final

La mer apparaît à l’horizon

A ma gauche, le village de Kimmeridge

Le chemin de crête parcouru

L’arrivée sur les falaises du littoral

Panorama vers l’ouest et les parois calcaires déchirées de la côte Jurassique

A l’est, la côte perd en majesté ; je ne regrette pas trop de ne pas avoir longé cette section

La baie de Worbarrow

Le rocher fermant la baie

En observant le raidillon violent qui file droit vers les hauteurs de l’autre côté de la plage de Worbarrow, je pressens que le sentier côtier sera bien plus corsé que ne le laissaient paraître les cartes. Les cent kilomètres qui vont suivre confirmeront amplement cet inquiétant présage.

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