D’Autriche en Italie par les Alpes slovènes (juillet 2020) – 1/3 – vu d’Autriche

[huitième des 25 treks formant le Tour des montagnes d’Europe]

Je ne peux conclure la traversée des Alpes d’ouest en est sans parcourir le seul pays alpin qui m’est encore inconnu, la Slovénie. A l’ouest de son territoire s’étend son principal massif montagneux, les Alpes juliennes, presque entièrement incluses dans le parc national du Triglav. Je vais traverser ce parc du nord au sud, en respectant pour une fois l’itinéraire planifié ; ce n’est qu’à sa sortie que je modifierai le final, un imprévu de taille m’obligeant à repiquer en urgence vers l’Italie.

La traversée complète des Alpes juliennes (lien openrunner)

Mon trek précédent, au cœur des Dolomites, s’est achevé en Autriche, dans la vallée de la Gail. Quelques séances d’auto-stop plus tard, j’arrive au bout de cette vallée, dans le bassin de Klagenfurt, au pied du Karavanke, le plus septentrional massif des Alpes juliennes, qui sépare l’Autriche de la Slovénie. La situation sanitaire slovène faisant mauvaise presse et les informations sur le passage de sa frontière étant contradictoires, je préfère y entrer par le Karavanke. Un dernier automobiliste serviable me conduit au plus haut point accessible en voiture, le Baumgartnerhof; j’y démarre une marche de 20 kilomètres à destination de la vallée de Kot, la porte d’entrée du parc du Triglav.

En rouge, mon jour de marche entre Autriche et Slovénie

Comme d’habitude en milieu d’après-midi, le ciel se fait menaçant ; je me hisse en vitesse sur la ligne de crête du Karavanke, décidé à me réfugier avant la saucée dans une cabane minuscule, la Annahütte. Elle existe bel et bien, mais Filip et Martin, deux Tchèques, l’occupent déjà ; je me rabats sur un abri voisin en très mauvais état.

L’ascension du Karavanke

Je m’élance dans une pente densément boisée…

…hésite, au vu du crachin, à m’arrêter dans le grenier de ce chalet…

…et me hisse finalement sur une crête…

…au parcours très sportif…

…et qui laisse apparaître, entre deux nuages…

…au nord, le bassin autrichien du Klagenfurt…

…et au sud, les contreforts slovènes du mont Triglav

L’abri de fortune où je passe la nuit

Le lendemain, c’est en compagnie des deux Tchèques que j’affronte le Kepa, point culminant de l’arête.

Vers le Kepa

Au pied des pentes intimidantes du Kepa…

…je rattrape les Tchèques

En tête, Martin manque un marquage et s’égare dans un pierrier, à droite de la trace

Il en ressort épuisé

Filip et moi le traînons…

…jusqu’au sommet du Kepa…

…où j’immortalise leur exploit…

…tout en admirant la silhouette hostile du Triglav

Non contents d’être sympathiques et anglophones, Filip et Martin me seront d’une grande aide sur la suite de la crête. Et pour cause : on y évolue via une vague sente rocailleuse, sur une paroi quasiment verticale et avare en équipements de soutien. Simple randonneur, je frôle mes limites et aurais eu bien du mal à avancer sans la présence de mes deux camarades.

Un chemin de crête épique

Du Kepa, j’observe avec circonspection l’arête purement minérale qui nous attend

Sa paroi sud, que fend le sentier, est quasiment une falaise

J’y avance précautionneusement dans les pas de Filip, sans aucun matériel sécurisant…

…les rares cordes étant placées dans des segments de grimpe pure

Plusieurs centaines de mètres au bord du vide…

…et au-delà d’un cap…

…nous accédons à un terrain plus clément…

…bien qu’il inclut quelques passages vertigineux

En comparaison, la suite du sentier paraît anodine…

…ce qui me permet de lever la tête vers les contreforts du Triglav, enfin dégagés des nuages

Les Tchèques continueront à suivre la crête du Karavanke pendant des jours. A midi, je les quitte et, grâce au guidage d’un couple de locaux, descend par un raccourci dans la vallée slovène de Sava.

Luka et son amie Spela, une cartographe passionnée

Nous nous séparons près du village de Mojstrana, où je laisse passer une énième pluie, avant de rejoindre au hasard des forêts la vallée de Kot, l’une des trois qui s’étirent au nord du Triglav. En insistant, j’y trouve un abri de fortune, après avoir été dissuadé de planter ma tente par des panneaux interdisant le camping et signalant la présence d’ours bruns.

A l’approche du Triglav

Mojstrana

La Sava

Un chemin dans une forêt qui en compte peu…

…quand ils ne sont pas inondés…

…m’emmène au bas de la vallée de Kot, vue d’en haut le lendemain

Je m’installe dans la réserve de ce modeste chalet

Médiocre depuis une petite semaine, la météo ne semble pas devoir s’améliorer d’ici ma sortie des Alpes. Je m’endors en la priant de ne pas compromettre la très prometteuse marche du lendemain, au cœur du parc du Triglav.