Traversée des gorges du Verdon (septembre 2017) – 0/4 – présentation du voyage

En fin d’été, mon frère et moi profitons d’un calendrier compatible pour aménager un voyage de quelques jours dans le parc du Verdon.

L’idée consiste à traverser les fameuses gorges le long de ses chemins balisés les plus emblématiques, le sentier Blanc-Martel bien sûr, mais aussi les sentiers Vidal, de l’Imbut et du Bastidon. Disposant de quatre petites journées de marche, je conçois un parcours classique de moins de 80 kilomètres, démarrant à Castellane, en amont des gorges, et s’achevant à Moustiers Sainte-Marie, un peu au-delà du lac artificiel de la Sainte-Croix, où le Verdon se jette à la sortie du canyon.

Nos quatre jours de marche (lien openrunner)

Nous rallions Castellane depuis l’aéroport de Nice, où un avion low-cost nous a directement déposé depuis Rennes ; à Moustiers Sainte-Marie, un autre bus est censé nous emmener à Aix-en-Provence, que nous visiterons en conclusion du trek avant de nous rendre à l’aéroport Marseille-Provence, d’où nous devons embarquer pour Rennes sur un autre vol low-cost. J’avais déjà profité de ces lignes intérieures à bas prix au printemps ; pour organiser de petits treks alpins sans prendre de jours de congé, elles sont une véritable bénédiction.

Ivonig a beau avoir plus de 250 jours de marche intensive dans les jambes, c’est la première fois qu’il s’élance hors de Bretagne ou de Grèce. Il démarre avec ce trek une découverte de la France qui gagnera en intensité l’année suivante. Par sa beauté comme par le franchissement de passages vertigineux, le périple l’exalte profondément ; il ne fait que conforter sa fascination pour la randonnée montagnarde née durant la boucle de Zagori (voir ici).

De mon côté, la randonnée sur ce site pré-alpin d’exception se révèle tout aussi jubilatoire. C’est en constatant l’euphorie que notre duo partage durant l’ensemble du séjour que je commence à regretter que notre grand projet de l’année 2018, climax de notre parcours commun, soit centré autour du Massif central, et non pas des Alpes. Je commence à nourrir l’idée, non pas de substituer un massif à l’autre, mais d’y organiser deux treks en deux ans. Sachant les contraintes familiales et professionnelles d’Ivonig, je garde pour moi ces pensées et ne me déciderai à les lui exposer que six mois plus tard. Il cèdera bien vite à ma proposition, probablement échaudé par notre périple dans le Verdon.

Il faut dire que ce dernier a été particulièrement marquant. Outre la beauté intrinsèque des lieux, nous avons été séduit par leur diversité, les paysages changeant profondément des prégorges aux gorges, puis des gorges au canyon. L’ensemble est magnifié par le dégradé des couleurs automnales dans les bois couvrant les hauteurs des gorges ; sidérant tableau, que nous croyons habituel avant qu’une habitante nous informe qu’il est du à la grande sécheresse que subit le massif : il n’y est pas tombé une goutte durant les trois mois ayant précédé notre venue ! Une situation catastrophique dont nous avons profité malgré nous.

Autres plaisirs, les villages et hameaux en pierre croisés sur notre route, tous parfaitement conservés, et plus encore la variété de nos bivouacs: nous avons dormi le premier soir dans ce refuge non gardé extraordinaire qu’est la chapelle Saint-Jean, à mi-distance de Castellane et de Rougon, le second soir dans la Baume aux Boeufs, une grotte au cœur des gorges, le troisième dans les bâtiments communs d’un camping en surplomb du Grand Canyon, dont nous étions les seuls usagers. Bref, en dynamique comme en statique, nous n’avons passé que de bons moments, à part peut-être au début du sentier Blanc-Martel, un chemin magique parfois cité comme le plus beau de toute la France et qui, victime de son succès, est devenu une véritable autoroute de marcheurs, notamment allemands : jamais je n’avais vu une telle affluence sur un site naturel, y compris dans les gorges de Masca, à Tenerife (voir ici).

D’un point de vue physique, malgré l’usage de bâtons de marche, une première, et le faible kilométrage, nos journées de marche n’ayant jamais dépassé les 25 bornes, le trek s’est révélé exigeant. Les cartes n’indiquent pas le dénivelé réel, les segments au creux des gorges étant bien plus accidentés que ce qu’elles laissent paraître ; certains, comme le sentier Vidal ou de l’Imbut, sont par ailleurs assez techniques. Selon openrunner, le dénivelé positif cumulé de notre troisième journée de marche s’élève à peine à 1300 mètres ; à mon avis, il faut au moins y ajouter 200 ou 300 mètres pour approcher la réalité.

A ceux qu’un tel dénivelé ne freine pas et qui ne rechignent pas à franchir des passages assez vertigineux et d’autres nécessitant un peu d’escalade, nous ne pouvons que conseiller de suivre nos pas, notre parcours ayant été de bout en bout un régal.

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